Au bout d'une heure de guet, il le repéra. Ce serait celui-là. Il s'offrit un premier plaisir : détailler sa proie avant que le jeune homme s'aperçoive de son manège. Il était plus près des vingt ans que des trente, estima André, mais il était très difficile de donner un âge précis à ces hommes sur la touche. Les jeunes chômeurs se camouflaient dans une grisaille défensive. Cependant, André savait par expérience que, pour peu qu'on leur portât intérêt, ils retrouvaient vite une deuxième adolescence d'autant plus impétueuse qu'ils craignaient d'en perdre le souvenir. Dégagés de la course à la réussite, délivrés d'un combat qu'ils savaient inutile, les chômeurs s'alanguissaient peu à peu dans une disponibilité dont ils finissaient par apprécier la coupable liberté. La seule servitude était le retour à la maison, d'autant plus redouté qu'ils en retardaient l'échéance.
Hugo Marsan
Après quatre ans passés à l’École Normale de Dax, Hugo Marsan fit des études de lettres à Lyon puis à Paris. Au retour de ses années de service militaire en Algérie, en 1962, il s’installa à Paris où il vit depuis lors. Il abandonna l’enseignement en 1982 pour se consacrer au journalisme. Pendant douze ans, il dirigea le service Culture de Gai Pied, journal d’information et de culture sur les homosexualités, d’abord mensuel puis hebdomadaire et qui, de 1979 à 1992, joua un rôle prépondérant dans l’émergence de l’identité et de la liberté d’une communauté marginalisée. Il collabora à de nombreuses revues littéraires.