L'immeuble, se persuadait Dany, n'était pas comme les autres. Il s'y passait des choses singulières. L'ascenseur qu'il s'efforçait d'utiliser s'ouvrait sur des gens étranges. Des gens d'autant plus redoutables que l'on n'entendait jamais rien dans les couloirs. Plus tard, Judith lui dirait que ce silence était une conséquence heureuse de l'insonorisation. Mais, pour l'heure, ne lui parvenaient que les cris d'un enfant qui jouait dans un des jardins suspendus. Une voix qui trouait la nuit. On l'appelait de l'intérieur doré d'un appartement sans qu'aucun adulte se montrât. Dany n'arrivait pas à concevoir qu'il pût s'entasser autant de gens autour de lui. Il avait compté : six étages de six ou huit logements. Il y avait bien deux cents personnes au total. Il avait le sentiment de vivre seul, entouré d'alvéoles vides hantés par des revenants.
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L'auteur :
Hugo Marsan
Après quatre ans passés à l’École Normale de Dax, Hugo Marsan fit des études de lettres à Lyon puis à Paris. Au retour de ses années de service militaire en Algérie, en 1962, il s’installa à Paris où il vit depuis lors. Il abandonna l’enseignement en 1982 pour se consacrer au journalisme. Pendant douze ans, il dirigea le service Culture de Gai Pied, journal d’information et de culture sur les homosexualités, d’abord mensuel puis hebdomadaire et qui, de 1979 à 1992, joua un rôle prépondérant dans l’émergence de l’identité et de la liberté d’une communauté marginalisée. Il collabora à de nombreuses revues littéraires.