Je bande donc que je suis est un de ces romans qui marqué son époque. Récit
d'une décennie, il se place d'emblée dans la texture des années 90, tant il
évoque l'urgence, la quête individuelle de sens et la fragmentation du réel.
Mais s'agit-il vraiment d'un roman sur " la manière dont les pédés baisent
entre eux " ? Assurément oui, de prime abord, mais très vite le lecteur se
rend compte que le propos n'est pas si simple, ou du moins ne peut se
réduire à la scrupuleuse comptabilité des mille et une façons dont un jeune
gay aujourd'hui peut user et abuser de son corps. L'auteur sait aussi qu'il
ne fera pas l'économie de devoir se justifier sur la manière dont son héros
aborde la sexualité au temps du sida. On le traitera d'irresponsable pour
avoir mis en avant un personnage séropositif qui non seulement a des
relations sexuelles non protégées, mais revendique même le désir du sexe
sans précaution, en toute connaissance de ses conséquences. Par-delà la mise
en avant d'un certain mode de vie, l'auteur nous invite surtout à partager
une recherche exigeante, celle de la connaissance de soi.
Erik Rémès
Erik Rémès, 39 ans, écrivain, journaliste et peintre, est titulaire de
maîtrises de psychologie clinique et de philosophie. Journaliste depuis la
fin des années 80, notamment à Libération, Nova Magazine et Gai Pied Hebdo.
A tenu pendant plusieurs années des chroniques hebdomadaires sur les
sexualités.