Ce qu'en dit :
Si le journal intime est un genre courant à l'écrit, il est quasiment inexistant en bande dessinée. C'est peut-être ce qui donne un ton si unique à l'ouvrage de Fabrice Neaud : depuis quelques années, l'auteur poursuit l'écriture de son journal en bande dessinée. En presque 300 pages, ce troisième tome retrace deux années de la vie d'un jeune homosexuel dans une petite ville de province.
Fabrice Neaud s'attache à décrire un quotidien avec minutie. Celui d'un homosexuel, qui traverse une crise liée un amour impossible et à une double agression homophobe, celui d'un artiste, s'interrogeant sur sa création et son statut, celui d'un chômeur, face à la galère et à l'exclusion qui le guette.
Exempt de toute fausse pudeur, sans concession pour l'auteur ni pour son entourage, le récit est d'une grande sincérité, à tel point qu'un sentiment de malaise s'en dégage parfois : sombre-t-on dans un jeu de voyeurisme et d'exhibitionnisme ? "La pornographie, à l'instar de la beauté, est-elle dans le regard de l'autre ?" s'interroge d'ailleurs l'auteur, lorsque celui qu'il aime découvre ses planches. "J'ai un travail qui m'épluche l'âme" poursuit-il. Car ce journal s'apparente aussi à une analyse, grâce à laquelle il surmonte ses difficultés et ses angoisses, en témoigne le changement de ton du dernier chapitre.
Mais ce journal ne se réduit pas à un récit, il est aussi un champ d'exploration pour un artiste qui maîtrise son outil, la bande dessinée : il en exploite tous les codes, en crée même de nouveaux, renouvelant le genre. A ce titre, Fabrice Neaud fait partie des auteurs de bande dessinée les plus prometteurs de sa génération.