Franz se penche sur le fauteuil et glisse ses bras sous les épaules et les cuisses d'Aliocha. Il s'empare de sa proie. Aliocha rit lui aussi, tourne la tête vers moi, et amplifie son rire. Il s'accroche au torse de Franz, ses bras enserrent le large cou, et - je ne rêve pas - sa joue se colle à celle du bourreau. Il m'observe du coin de l'oeil. Sans le moindre effort, Franz soulève Aliocha de son fauteuil, et tous deux s'envolent, s'éclipsent dans les ténèbres des couloirs. Longtemps leurs rires et leurs cris résonnent dans l'escalier, j'ai pensé alors : Caïn rapte Abel, il va le tuer.
Infirme de naissance, Aliocha vit reclus dans un château du sud-ouest de la France, entouré de serviteurs dévoués à sa cause qui arpentent comme des ombres les couloirs silencieux : le monde extérieur ne doit pas l'atteindre. Pour l'assister, Franz, beau et vigoureux jeune homme, lui prête ses jambes et son énergie. Ce «couple» étrange intrigue Denis, le précepteur d'Aliocha. Le sentiment de jalousie qu'il sent naître en lui le trouble... Quels liens unissent réellement Franz et Aliocha ? Quels secrets le château dissimule-t-il ?
Naissance du désir, confusion des sentiments et manipulations tissent la trame du roman d'Hugo Marsan, qui plonge avec délice au coeur des passions humaines.
Hugo Marsan
Après quatre ans passés à l’École Normale de Dax, Hugo Marsan fit des études de lettres à Lyon puis à Paris. Au retour de ses années de service militaire en Algérie, en 1962, il s’installa à Paris où il vit depuis lors. Il abandonna l’enseignement en 1982 pour se consacrer au journalisme. Pendant douze ans, il dirigea le service Culture de Gai Pied, journal d’information et de culture sur les homosexualités, d’abord mensuel puis hebdomadaire et qui, de 1979 à 1992, joua un rôle prépondérant dans l’émergence de l’identité et de la liberté d’une communauté marginalisée. Il collabora à de nombreuses revues littéraires.