Ce qui frappe, à la lecture de ce recueil, c’est la liberté de sujet, et de ton. On imagine mal dans un quelconque grand quotidien français, un espace semblable longuement occupé, à la même époque et de semblable façon, par un écrivain connu.
L’inventaire des sujets abordés ne donne pas lieu à statistiques : on avance, dans cette lecture, “au petit bonheur“, et parfois au petit désespoir ou à la grande colère… Les chroniques sont en partie nourries par la vie intime de l’auteur et ses humeurs, du rose au noir, au gré de ses rencontres, de ses expériences, de ses enthousiasmes, et de ses pertes. C’est la fréquente évocation d’amis vivants ou disparus, tous noms connus du monde artistique latino-américaine Ce sont aussi des digressions ou divagations diverses : sur les rites de l’umbanda, sur la position du soleil dans le zodiaque, ...
Un autre sujet de chronique est l’observation de la vie politique et économique du pays, particulièrement de la vie paulista, de la mégalopole où l’auteur a vécu durant une vingtaine d’années dans un mélange de fascination et de répulsion.
Enfin, Caio Fernando, qui avait beaucoup voyagé en Europe dans les années 70, a repris ses errances au temps où il se savait atteint par la maladie et condamné : certaines chroniques viennent de France, d’Angleterre, d’Allemagne, de Hollande, tous pays où il commençait à être traduit.
Maître de la forme courte, si florissante dans le monde latino-américain dont elle excelle à exprimer le permanent état d’alerte, Caio Fernando n’est pas gêné par l’espace contraint dans lequel il doit écrire comme chroniqueur : la contrainte le stimule au contraire. Partout, même dans le noir, on sent une jouissance d’écriture, d’écriture vers un lecteur.