En relisant, à l’occasion d’un colloque sur l’amour, les Fragments d’un discours amoureux de Roland Barthes, Didier Eribon fut frappé par le geste politique et théorique qui sous-tend cette mise en scène du sentiment amoureux : une volonté de résister au freudo-marxisme qui régnait dans les milieux de la gauche intellectuelle de l’aprèsmai 1968, mais plus généralement, d’échapper à l’emprise de la psychanalyse. Ne trouve t-on pas un projet rigoureusement identique chez Foucault lorsqu’il publie, à peu près au même moment, le premier volume de son Histoire de la sexualité ?
L’amour chez l’un, le « corps et les plaisirs » chez l’autre, l’amitié chez les deux, deviennent les vecteurs d’une réflexion sur les possibilités de s’inventer soi-même et sur les moyens de fonder une éthique et une politique de la subjectivation, débarassées de la conceptualité analytique et du rôle de frein à l’innovation que celle-ci ne cesse de jouer.
A un moment où, dans le sillage de la théorie queer, la pensée radicale se tourne à nouveau vers la psychanalyse, Didier Eribon se propose ici, dans ce texte bref qui pourrait avoir valeur de manifeste, de réactiver au contraire le mouvement de fuite à l’égard de cette dernière qui a caractérisé la philosophie subversive des années 1970.
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L'auteur :
Didier Eribon
Philosophe et historien des idées, Didier Eribon est l'auteur d'une célèbre biographie de Michel Foucault (Flammarion, 1989, dix-sept traductions) et de Papiers d'identité. Il est critique de philosophie et de sciences humaines au Nouvel Observateur, et codirige, avec Françoise Gaspard, le séminaire « Sociologie des homosexualités » de l'Ecole des hautes études en sciences sociales. Ses Réflexions sur la question gay, publiées au printemps 1999, ont été saluées par la critique internationale comme une contribution théorique de toute première importance et sont en cours de traduction dans plusieurs pays.