Au travers d'une chronique de la vie sociale en France dans les années 90, on suit Valentin, professeur d'université, ancien militant communiste et esthète de l'amour gay.
Valentin est porté par un amour absolu mais inaccessible pour Stéphane, barman au sauna de Montpellier. D'aventures en rencontres, la retenue qu'il s'impose va, paradoxalement, attirer ses amants d'autant plus à lui. Valentin, « Héros indécis », balade son amour disponible entre Julien, l'amoureux tendre, Diego, le petit animal blessé et Rachid, le jeune beur des banlieues avide de bonheur... Certes, Valentin se laisse aimer, mais en retour il se montre généreux: il gère son infidélité avec beaucoup de tendresse et veille à ne blesser personne. C'est ce qui nous rend heureux.
"Il jouit du plaisir qu'il donne à cet adorable petit asiatique, et il aime s'appliquer, varier les caresses, de la lenteur à la fougue, de la douceur à la brutalité, de la pression forte au frôlement furtif. Il aime exaspérer l'attente, précipiter l'excitation... il aime prendre dans sa bouche un testicule et le sucer comme un gros noyau ovale et régulier, le faire glisser au dehors entre ses lèvres humides, aventurer sa langue à la base du scrotum (!), là où la peau est si fine et si fragile, aller presque jusqu'au trou du cul, puis, sans l'atteindre, remonter brusquement jusqu'au gland, lapé de petits coups de langue, aspiré, avalé, englouti avec le reste de la queue... La bouche pleine, il pense à Stéphane. Il sait que le sexe de Stéphane est plus fort que celui de Julien; il ne l'a certes jamais touché, ni de la main ni de la bouche; il l'a seulement entrevu au vestiaire et à la douche... Il sait très bien que c'est Julien qu'il est en train de sucer, il sait encore mieux que c'est Stéphane qu'il aime (pas Stéphane qui l'aime, hélas... a-t-il l'étrange lucidité de penser). Il est quand-même pleinement heureux dans la joie de cette tendre fellation avec ce petit Julien, et il aime encore plus Stéphane en suçant Julien. Il dirait bien encore: «Stéphane, je t'aime», mais il a la bouche pleine. [...]
Ils vont prendre la mer ensemble. La mer du plaisir et sa profonde houle. Il y a toujours cette émotion qui fait battre le coeur plus vite, qui noue un peu la gorge; et pourtant, c'est loin d'être la première fois... Ça commence par une nouvelle étreinte, bouche à bouche, jambes nouées, bras qui embrassent et mains qui caressent la tête, les cheveux, le torse, les hanches, les fesses; long baiser profond, eaux mêlées des bouches tièdes et des langues charnues. Et de nouveau, Valentin engloutit le sexe de velours, pour une ultime possession. Puis il ajuste le préservatif sur ce sexe humide de salive sucrée; il aime dérouler le latex le long de la verge régulière, douce et luisante. Il aime encore inonder de gel liquide le petit capuchon... Quand tout est prêt, il embrasse vivement Julien sur les lèvres entrouvertes et lui dit:
«Maintenant, Julien... Si tu savais comme j'ai envie de toi...» [...]