"Ce voyage est celui de Germain Vaugrigneuse, la trentaine. Histoire ordinaire : la guerre, la captivité, le retour à la lumière, l'argent facile grâce à une collaboration douteuse, la faillite. Puis un départ brusque, avec le magot sous le bras, direction l’Amérique. Une affaire de cœur le fait accoster en Uruguay, ce petit pays de deux millions d’hommes et de femmes, au "pavillon national marqué d’un soleil hilare à face humaine." Germain y découvre l’oisiveté, les groupes anarchistes, les filles de joie, l’homosexualité, la cocaïne. Dans ce pays cocasse et nu, à une époque où chacun projette de créer un golf miniature ou une laiterie moderne, les destinées se tracent à la craie blanche. Entre ceux qui "s’étaient réfugiés dans un avenir de fantaisie" et ceux pour qui l’exil est la dernière escale, Germain louvoie, erre, butine sans grand appétit ce nouveau monde luxuriant mais délétère qui s’offre à lui. Calet a toujours préféré les pauvres aux riches, les frêles aux gaillards, les incertitudes aux convictions. Germain est un perplexe, toujours secondé, incapable d’agir, de choisir. C’est une constante, l’auteur de Monsieur Paul a toujours raffolé de voir comment ses personnages s’arrangeaient avec la vie, et le narrateur ne se prive pas d’en apprécier les tournures : "Il avait été fou de se lancer dans ce voyage, de tout casser. On ne rebâtit rien sur les ruines de son cœur"; "Depuis des années, il parcourait en tous sens une sorte de désert"; "Il aimait jouer, il avait mis sa vie sur le tapis. Plus précisément, il aimait perdre." Lente descente en abîme, ce Grand Voyage offre de quoi perdre pied. Ce livre pourrait être une bouteille jetée à la mer dans laquelle n'est contenu aucun message de détresse, mais la vie de tous les jours d’un prisonnier, muré dans l’espace de ses contradictions, otage de lui-même. Comme à son habitude, Calet tricote point par point toute la mélancolie de vivre." Philippe Savary.
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L'auteur :
Henri Calet
Romancier et journaliste né en 1904 à Paris. Exerça divers petits métiers avant de publier, pour la première fois, en 1935. Mort en 1956 à Vence.