Cette histoire est avant tout celle de deux enfants élevés dans l’opulence certes, mais dans l’indifférence surtout et qui, sevrés d’amour depuis trop longtemps, se précipitent dans les bras l’un de l’autre, avides de tout prendre, impatients de donner, allant bien au-delà de ce que la simple convenance permet. L’audace de l’un, l’aveuglement de l’autre, le goût du scandale qui les anime tous deux, les mèneront loin. Ils gravissent ainsi, petit à petit, les marches d'un destin commun. Un destin ponctué par une fin tragique.
"Je dépose mon frère sur le siège avant du cabriolet. Il bascule du côté conducteur. Je le redresse sans peine, le maintiens en place à l’aide de sa ceinture de sécurité. Je boucle aussi la mienne. Sa tempe s’appuie sur le repose-tête, sa face tournée vers moi. Une brise d’automne fait frissonner ma peau. Mais je veux avoir froid puisque toi, tu es froid. Je n’ai aucune peine, j’éprouve presque une joie. La mort est moins cruelle que se montre la vie. Plus compatissante en somme, elle unit pour toujours ceux qui furent séparés. Et quoi de plus joyeux que la perspective de passer avec toi tous mes instants futurs ? Revivre à l’infini les frissons de nos dards en quête de nos sucs, enfoncés dans nos corps comme s’ils habitaient là. Jésué sur le perron m’observe attentivement..."