Jadis, chère et ignoble Margot, tu étais contente que mon fils n'occupe pas la place. Souviens-toi comme tu frétillais d'aise lorsque je craquais : Je n'ai jamais aimé cet enfant. Tu approuvais. Cora imitait Margot : Oh, madame, comme je vous comprends, il n'y a qu'une seule chose qui compte : votre carrière, c'est la grande comédienne que vous êtes qu'il nous faut garder précieusement. Petite garce, tu t'étais installée chez moi sans vergogne et tant pis pour le fils. J'avais quarante ans, au zénith de ma beauté. Toi vingt. Tu étais douce et soumise. Ta pâleur d'ange. Tes yeux de lait bleu. Ton regard de chienne aveugle. J'étais dans le tourbillon du succès. Je ne voyais que les images qui me célébraient. Adulée, encensée, imitée, j'avais déjà peur pourtant, mais je l'ignorais. Toi, toute jeune que tu étais, tu devinais mon combat. Je m'épuiserais à rester belle et souveraine. Tu attendais ma chute.
Hugo Marsan
Après quatre ans passés à l’École Normale de Dax, Hugo Marsan fit des études de lettres à Lyon puis à Paris. Au retour de ses années de service militaire en Algérie, en 1962, il s’installa à Paris où il vit depuis lors. Il abandonna l’enseignement en 1982 pour se consacrer au journalisme. Pendant douze ans, il dirigea le service Culture de Gai Pied, journal d’information et de culture sur les homosexualités, d’abord mensuel puis hebdomadaire et qui, de 1979 à 1992, joua un rôle prépondérant dans l’émergence de l’identité et de la liberté d’une communauté marginalisée. Il collabora à de nombreuses revues littéraires.