"Je lui repris la bouche. Elle se mit à crier doucement, m'attrapant la main pour la porter à son sexe.
J'obéis enfin, pour son plus grand bonheur. Elle était inondée, et me remercia d'un cri plus ardent. Immédiatement, je la pénétrai de trois doigts. Elle hurla, se raidit, mais je la repris contre ma bouche... de la main gauche, je continuai à lui caresser le bout des seins. Elle se détendit, recommençant à gémir, les yeux clos. Je la possédai, brutalement, lui caressant le clitoris d'un pouce habile.
Je la tenais entièrement. Bouche, seins, sexe étaient à moi, et je lui donnais le maximum d'excitation : qu'elle soit vaginale ou clitoridienne m'importait peu. Je la dominerai de toute sa façon, et sa jouissance serait totale.
Peu à peu, et de plus en plus fort, je la travaillai sans souci de lui faire un peu mal.
Ce fut soudain, brutal. Elle souleva ses fesses et se mit à râler. Je redoublai d'ardeur et lui mordis le sein gauche. Elle jouit violemment, sa bouche s'ouvrit sur un cri énorme qui me transperça de bonheur.
Je reçus dans la main ce plaisir chaud que j'aimais tant susciter chez les femmes."
Très tôt sensible aux charmes de son sexe, la jeune Laure offre son coeur à Sybil mais la mort tragique de cette dernière plonge Laure dans un désespoir sans précédent. Puisque tout ce qui ne nous tue pas nous renforce, Laure finit par renaître en se choisissant un destin de garçonne dans le Pigalle interlope des années 1960 : elle sera Gigola, orfèvre des plaisirs saphiques pour combler les services et sévices d'une clientèle lesbienne haute en couleurs. Enfouissant son coeur lacéré sous l'armure d'une garçonne charismatique à la virilité ostentatoire et débonnaire, Gigola ne tarde pas à briser à son tour le coeur d'une jeune fille qu'elle baptise Cora et qu'elle transforme en prostituée de luxe pour aiguiser le tranchant de sa séduction. Véritable bête de plaisir, Gigola parvient à faire jouir comme personne Odette, une millionnaire vieille et blasée qui a besoin de sensations fortes pour rester sensible aux voluptés féminines. D'où la fameuse scène de la canne à tête de Python, métaphore du phallus lesbien en quête de l'orgasme insoutenable.
Claire et solide comme du marbre, la prose de Laure Charpentier trace une belle peinture du milieu lesbien des années 1960 tout en faisant revivre l'effervescence propre à Pigalle en général et aux adeptes de la nuit en particulier. Que le désir soit d'amour, de corps, d'argent ou d'alcool, il consume les pages de ce roman enfiévré qui se lit d'une traite et dont la fin surprenante laisse à la lectrice la sensation cuisante d'une magistrale catharsis.
Maxime Foerster
Présentation de l'éditeur :
Je faisais l’amour aux femmes depuis l’âge de 15 ans…
Gigola, c’est le récit, net et rapide, d’une jeune garçonne à qui les femmes, seules, permettent d’exprimer sa « virilité ». Elle veut séduire, elle veut exploiter aussi, comme le plus âpre des proxénètes, comme le plus équivoque des gigolos. Gigola vit la nuit, s’habille en smoking, traite avec les souteneurs, se fait entretenir par des femmes riches et des prostituées. L’argent et l’alcool coulent à flots. Mais la rencontre d’Alice, la distante, qui lui résiste pour mieux la dominer, annonce son terrible déclin.
Imprimé en 1972, Gigola ne paraîtra pas. Ainsi en a décidé la censure… La scène violemment érotique du « pommeau de canne à tête de serpent » a-t-elle effrayé les autorités ? Trente ans plus tard, Gigola reste l’un des personnages les plus fascinants – ou dérangeants – du Pigalle des années 60.
L'avis des lecteurs : -----------------------------------------
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