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Frédéric KOSTER
Honteuse ! de Robert Rodi
Découvert en France avec Folle de lui, les éditions DLM ont publié un autre roman de Rodi : Honteuse ! Ce roman est une parfaite illustration de ce que les auteurs gays anglo-saxons essaient de faire dans leurs pays : faire entrer leurs livres dans le moule de la littérature générale, plutôt que d'en faire des textes d'une tristesse à pleurer, ou des romans glauques comme Les nuits fauves, où les homos ne peuvent être que des malheureux ou des pervers. Honteuse ! est avant tout une fiction, et une sitcom. Car le grand bonheur de ce roman, est que l'on se prend à rire tout seul, peut importe l'endroit où l'on se trouve, des mésaventures de Lionel Franck, jeune publicitaire en charge d'un des plus gros budgets de l'agence pour laquelle il travaille. Lionel a parfaitement cloisonné sa vie : le jour, il est ce banal monsieur tout le monde, devisant avec ses mâles collègues sur les attributs de la nouvelle conquête de son voisin de bureau, et le soir il redevient lui-même, jeune gay vivant ses amours comme il le peut, en devisant avec son meilleur ami, coiffeur qui pourrait être décrit comme un croisement d'Albin de "La cage aux folles" et de l'animateur radio déjanté du "Cinquième élément". Il a trouvé son équilibre comme cela, et tout va bien pour lui (du moins en apparence), jusqu'au jour où Toné, le coiffeur, l'entraîne dans une boîte gay de Chicago, où il croise une collègue pipelette et lesbienne. Pour le féliciter de son travail sur son budget, le patron de Lionel l'invite, en lui demandant d'amener sa petite amie à un week-end prolongé dans son chalet de montagne, ou ils pourront, avec les quelques autres invités s'adonner à la pêche sur lac et à quelques autres activités que font tous les couples hétéros dans ce genre de situation (désolé, mon expérience en la matière est très limitée !). Il s'y rend avec sa voisine et meilleure amie, et s'ensuit une frénésie qui aboutira à un coming-out mémorable ! Et là, je vous promets que si vous arrivez à lâcher le livre avant la fin, je deviens hétéro ! (non, je plaisante...) Considéré comme l'enfant terrible de la littérature anglo-saxonne, Robert Rodi n'a pas la prétention de vouloir laisser une "œuvre". Tout au plus son ambition pourrait se limiter à vouloir désenclaver les écrits gays d'une prison dorée, ou l'esthétisme, conséquence directe de la censure et des bonnes mœurs les avaient cantonnés au fil du temps. D'aucuns y verront une perte de la spécificité
de l'écriture gay, d'autres y verront une volonté de "déghéttoïser"
les homos. En tout cas, ce livre est à lire absolument, ne serait-ce
que pour retrouver le plaisir de rire à gorge déployée
(plus que dévoyée) en lisant un roman.
Éditions : D L M |