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Guillaume Dustan
Je sors ce soir
Après l'excellente surprise de Dans ma chambre, on attendait de Guillaume Dustan qu'il confirme. Sans surprendre une deuxième fois, il a au moins le bon goût de ne pas décevoir, ce qui n'est déjà pas si mal, et de confirmer qu'il est un écrivain avant d'être un écrivain pédé. Pour ceux qui ont déjà lu son premier roman, l'effet de choc est passé, mais les mêmes qualités restent. En premier lieu l'intensité d'un style dépouillé au maximum, presque chirurgical. "Je ne dis rien. Je regarde Tom. Puis Georges. -C'est jeune, je fais. Ils sourient. La lumière est rose-orange." "Je sors ce soir", dit Guillaume (pseudo de l'auteur). La nuit comme catalyseur, même s'il s'agit ici du GTD de la Loco. En sortant, il sort de lui, se libère. D'où ce soliloque qui décrit en détail ce qu'il fait ("Après avoir escaladé les marches de façon divine (une petite difficulté sur ce parcours, tout de même), je m'engage d'un pas triomphal dans le couloir sombre"), ce qu'il voit, ce - ceux - dont il se souvient, bref ce qu'il est. Rien ne nous est épargné, ce qui rendait parfois Dans ma chambre suffocant et fait toute l'originalité de Guillaume Dustan. Je sors ce soir transpire l'amour autant que le précédent suait la mort et la fuite dans le sexe. Le sida est certes toujours présent, mais en tant qu'élément de la vie quotidienne, loin de l'obsession d'un Hervé Guibert. "Je ne pense pas que ça fait sept ans que j'attends de mourir". Bien qu'apparemment moins étouffant, Je sors ce soir pèse par la mélancolie qu'il dégage. C'est la contrepartie d'une plus grande place laissée à l'amour (très loin de la mièvrerie...) aux dépens d'une description purement technique de la baise (qui reste bien présente). La dédicace annonce la couleur : "Lapin, je t'aime", et le reste confirme : "Je ne pense pas à Marcelo. Je ne pense pas que j'ai peur qu'il soit malade. Je ne pense pas que je ne peux pas le faire venir ici parce que ce n'est pas une femme. [...] Je ne pense pas que l'amour est impossible." Amour tout court, mais aussi amour de la nuit, avec un superbe moment d'ethologie dans la faune du Queen : "La foule de la nuit est polie, pas comme celle du jour. [...] Personne ne bouscule. On sent une main - le bout des doigts plutôt - sur la hanche, l'épaule, le bras - deux mains quand on est trop scotché pour faire attention. On te fait à peine pivoter pour te faire comprendre qu'il faut que tu laisses le passage. Tu laisses le passage. Il y a aussi les cigarettes qui ne doivent brûler personne." On lui pardonnera donc de n'être pas très visionnaire quant à l'évolution des moeurs en France ("ça sent le pétard. [...] On va vers la légalisation, c'est clair") ; on lui passera aussi son admiration pour les clones Gymnase Club-Archives-deuxième bar du Queen ("le coin des torses nus")-bouffe bio bouddhiste. Un roman globalement très recommandable, sexuel ("J'étais tellement explosé que je n'ai strictement rien senti quand il m'a travaillé le cul à la main après m'avoir baisé") et pudique ("On avait fait ça (échange de TShirts, ndlr) rue de Bellefond. J'avais pas mal hésité avant. Dans mon esprit ça voulait dire qu'on devenait frères."). Fred, 01/09/97. Je sors ce soir de Guillaume Dustan, éditions P.O.L. (109 pages) |