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un film
de >
Liu BINGJIAN
sortie >
18
octobre 2000
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qui
que quoi...
Chinois (1h30). Réalisation : Liu Bingjian,
Scénario :
Cui Zien et Liu Bingjian, Production : Liu Bingjian, The Apsaras Film,
TV Productions Company, avec : Yu Bo (Xiao Bo), Yang Qing (Qing Jie),
Zhang Kang (Da Kang), Yu Mengjie (A. Mong), Wei Jiangang (Chong Chong),
Cui Zien (Gui Gui), Meng Hao (Cui Cui), Guang Sheng (Da Yang).
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Le
protégé
de
Mme Qing
(Nan Nan Nü Nü)
La
Chine a connu ces dernières années un certain assouplissement
du régime, une occidentalisation du pays entré brusquement
dans l'économie de marché, et avec elle l'apparition récente
d'établissement gays dans les grandes villes. Pourtant, la censure
exercée par les autorités communistes semble être
restée aussi sévère. Nan Nan Nü Nü
est un bon exemple de cet état de fait. Réalisé
dans une totale clandestinité suite à un désaccord
des autorités, tourné en une semaine (8 semaines en moyenne
pour un long métrage !) mais... monté en 5 mois ! Refusé
par tous les laboratoires, il a fallu changer dix fois le générique
pour donner l'illusion d'un film anodin (voire d'une publicité)
et faire développer des bouts dans plusieurs labos pour ne pas
éveiller les soupçons. Le financement du film n'échappe
pas à cette marginalité. Refusé par tous les producteurs
il a fini par être auto-financé. Voilà un bel exemple
de cinéma indépendant.
Nan
Nan est tourné dans la pure tradition du cinéma chinois
contemporain. D'un réalisme qui confine au documentaire, le film
semble refuser tout effet de dramatisation pour atteindre une forme
d'ascèse. La caméra est d'une fixité parfois exagérée,
mais cette sobriété finit par créer un vrai climat
et le film devient le constat de l'homosexualité aujourd'hui
en Chine. Constat incarné à travers le personnage de Xian
Bo, jeune homme réservé à la beauté certaine,
qui débarque à Pékin avec son maigre bagage pour
trouver du travail. Tombé par hasard dans une boutique de mode
il se fait engager aussitôt par la gérante, Mme Qing, qui
met une chambre à sa disposition. Se prenant d'affection pour
lui, elle lui présente sa meilleure amie. Mais elle constate
avec désarroi l'indifférence de Bo pour les filles...
Celui-ci préfère la compagnie de Chong Chong, son meilleur
ami, qui édite une revue consacrée aux graffitis et maximes
des toilettes publiques.
Bo nous est d'abord présenté comme un jeune homme que
rien ne pourrait le faire soupçonner de préférer
les mecs. Masculin, il n'hésite pas à se battre si nécessaire.
Il est donc aux antipodes de tous les clichés habituels que les
personnages eux-mêmes ont nécessairement intégrés.
Pour cette raison, son indifférence face à l'amie de sa
patronne, belle jeune fille que tout jeune homme devrait désirer,
semble inconcevable. Dans cette première partie du film où
Bo révèle très progressivement sa personnalité
et son rapport aux autres, on est nous même en proie au doute
quant à la conscience qu'il peut avoir ou non de sa propre sexualité.
A partir de la rencontre de Bo et Chong, le film prend une autre dimension.
Car les prisonnières ont aussi leur radio pirate. Tout ceci est
réalisé avec des bouts de ficelle mais préfigure
une vie gay organisée et militante. On sent la genèse
d'une émancipation, celle de garçons et de filles qui
ont subi trop longtemps la répression communiste. Mais avec elle
apparaît une occidentalisation à outrance de la Chine.
Et même si l'amour entre mecs reste particulièrement chaste
(on sent le poids du tabou), que les attouchements sont très
elliptiques, ce film touchant aborde quand même sans détour
avec un réalisme saisissant un sujet banni par la censure. On
ne peut que saluer le courage et la détermination de l'auteur.
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