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La
Vierge des tueurs
L'écrivain, Fernando Vallejo, de retour à Medellin, la ville de son enfance après trente ans d'absence, rencontre dans un bordel de garçons, Alexis, seize ans. Alexis fait partie de ces assassins qui tuent à la commande. L'amour va naître entre eux, un amour fou à l'image de cette ville, où Alexis tel un ange exterminateur, tire sur n'importe qui pour peu qu'il dérange. De rues en rues, d'églises en églises, de meurtres en
meurtres, Fernando découvre à travers Alexis, une ville
inconnue, chargée de violence et de haine. Fatalement, Alexis
se fait tuer à son tour par un inconnu Fernando, replié sur son chagrin, croit apercevoir Alexis sous un porche. C'est Wilmar... Une nouvelle histoire d'amour commence, comme si la réalité devenue folle répétait les morts dans les vivants.
Entretien avec Barbet Schroeder
Pour moi cétait très important de faire une histoire
damour, et de traiter lhomosexualité comme si cétait
un acquis. Jai essayé de communiquer ça à
mes acteurs. Je crois que tout le monde a en lui des tendances homosexuelles,
ce nétait pas trop dur pour eux daller les chercher,
mais on peut avoir peur et mon travail a été de convaincre
les jeunes acteurs que ce nétait pas dangereux de puiser
dans ces choses là. Je leur ai montré "Fraise et
Chocolat" et certains films de Fassbinder et dAlmodovar.
Quant à l'acteur principal, il a un frère homosexuel et
il y pensait très souvent. Cest aussi lhistoire dun garçon jeune avec un homme plutôt mûr. Cest le cur du film. Lhistoire raconte cet apprentissage. Ladulte essaie dinculquer quelques principes à lenfant même sil le fait en riant beaucoup et en se moquant de tout. Lenfant participe en riant car il est séduit par ce personnage. Cest un père comme beaucoup rêverait den avoir, un père complice. Mais il y a aussi un apprentissage dans lautre sens : Fernando
apprend à découvrir la nouvelle réalité
de la ville de son enfance à travers cet enfant. Cet écrivain
découvre aussi une langue et une grammaire nouvelle. On en arrive au sujet du film : le meurtre comme la chose la plus naturelle du monde. Cest une tradition colombienne qui dure en fait depuis près de cent ans, dune façon quasi ininterrompue. Cette culture de violence se reflète dans le film. Elle a pris des proportions épouvantables avec larrivée du trafic de cocaïne et la présence à Medellin de milliers de bandes armées. Le taux dimpunité des crimes est de 97%. Je crois que c'est un taux bien supérieur à celui du Far-West à la pire époque. Cest la réalité de cette ville. Même à lintérieur de la Colombie, Medellin est une exception : trois fois plus de meurtres par nombre d'habitants que Bogota. Notre personnage principal, à travers son histoire damour, va se trouver mêlé, confronté à cette violence. Dans un premier temps, il est bouleversé et horrifié ; mais cet enfant, cest lamour de sa vie, il ne labandonnera jamais. Sil sagit dêtre confronté à un choix : être témoin des meurtres ou abandonner lenfant, il choisit de rester avec lui et de devenir indirectement complice. Je voulais que le spectateur ressente une "espèce danesthésie
progressive" face à cette violence, comme ce qui arrive
à Fernando. Si lon veut survivre à Medellin, il
faut progressivement sinsensibiliser. Il a aussi une profonde
horreur de ce qui est arrivé à sa ville. Noublions
pas que pour lui, cest lhumanité toute entière
qui est en jeu et contre laquelle il s'insurge, pas seulement Medellin.
Il voit Medellin comme lavant-garde de ce qui va se passer dans
le reste du monde. Ou de ce qui pourrait se passer n'importe où
si quelques verrous et une couche de vernis venaient à disparaître.
Vous ne craignez pas que le film "choque parce qu'il ne choque pas" ? Cest un film dans lequel des choses choquantes sont données
comme des principes de base et sont traitées très naturellement
et très simplement, comme la réalité de la situation
et lhistoire le veulent.
A la fois par rapport à lhistoire et au tournage, il me semble que le film a parfois une approche documentaire. Comme tous mes films, celui-là a aussi un aspect documentaire. Jai voulu ancrer le plus possible le film dans la ville de Medellin, jai voulu que la ville soit un des personnages du film. Bien qu'il se soit exilé depuis plus de 30 ans, toute luvre de Vallejo est inspirée par Medellin, et en particulier "La vierge des tueurs", en partie autobiographique. Il y a un aspect documentaire et documenté, de même que dans "Barfly". Mais le plus important est pour moi le respect de lécrit. Il sagit dun écrivain et les dialogues qui ont lair très naturels, sont en fait très écrits. Cest ce travail qui me passionne complètement : ancrer un texte dans une réalité et ce faisant, arriver à trouver un style qui correspond à celui de lécrivain. Le style de Vallejo est plein dhumour, à la fois flamboyant et précis, très écrit avec des passages très parlés. Il est aussi toujours à la première personne. Il fallait un côté documentaire pour installer le film dans la ville, mais il fallait aussi rendre le côté hallucinatoire, bref utiliser à la fois la caméra à lépaule et les mouvements de grue. Extrait d'un entretien réalisé par
Jean Douchet
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