a d v e n t i c e : 0 6 : 0 0 : C I N E M A     Gabriel de Monteynard
 

 

 

un film de >
Sébastien Lifshitz


sortie >
7 juin 2000


Deux jeunes garçons, Mathieu et Cédric, se rencontrent, se désirent et cèdent à leurs pulsions. Ce pourrait être une simple aventure de vacances, mais leur relation prend de l'ampleur et se transforme avec le temps, en un véritable amour...




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qui que quoi...
Français. Scénario et réalisation : Sébastien Lifshitz. Producteurs : Christian Tison, Marion Hansel. Avec : Jérémie Elkaïm, Stéphane Rideau, Dominique Reymond, Marie Matheron, Laetitia Legrix..
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Presque rien


Entretien avec Sébastien Lifshitz

Presque Rien est très différent de vos deux précédents films.

J'ai voulu faire autre chose. Je ne voulais surtout pas me répéter, surtout me déplacer. Faire un film moins dur, en demi teinte, sur les sentiments.

Votre film est construit sur trois temps (hiver, été, automne) qui s'en cesse s'entremêlent. Ce parti-pris formel a-t-il été pensé dès le début ?

Oui. C'était un pari de construire à nouveau un récit éclaté, mais différemment que dans les corps ouverts. Les ellipses ici sont plus fortes. Des pans entiers de l'histoire du personnage principal, Mathieu, sont volontairement absents. Le spectateur doit alors recomposer le récit, imaginer ce qu'il a bien pu se passer. Cette forme m'intéresse car elle me permet de ne pas forcément jouer sur l'histoire. A partir du moment où l'on montre des ruptures avec des ellipses aussi grandes, où la continuité d'une histoire n'est plus forcément ce qui est en jeu, le personnage prend le pas sur le récit. C'est lui qui guide le film et non plus l'histoire qui impose sa loi. Je me sens donc d'autant plus libre, tout est permis d'une certaine façon. Mon travail tourne essentiellement autour de l'idée du portrait : prendre un individu et tenter de mettre en images son paysage intérieur, on pourrait presque appeler ça l'espace du dedans. Et le récit éclaté me permet de mieux de m'approcher de cela.

Certains plans du film sont très crus. Est-ce déjà une manière de contrebalancer cette retenue, cette pudeur des sentiments ?

C'est peut-être un contrepoint. Mais cela vient aussi du fait que je n'ai aucune pudeur par rapport à la sexualité. J'ai un rapport ludique et libre au sexe. Dans ce film, j'avais envie de montrer la découverte du sexe de manière heureuse et épanouie. Je voulais assumer ce que j'avais à filmer, je ne voulais pas aseptiser. Un plan large sur deux personnes qui font l'amour dans une dune, c'est très beau, que ce soit un homme et une femme, ou deux hommes. C'est la même chose. Je ne me pose même pas la question de l'homosexualité. Pour moi, ce sont deux êtres qui ont un désir l'un pour l'autre, et qui le vivent en toute liberté.

Le gros plan sur le sexe de Mathieu qui se masturbe au début du film peut cependant sembler gratuit.

Ce plan est en rupture avec ce qui précède. Et il est d'autant plus choquant que la masturbation est souvent plus taboue dans la conscience générale. Elle renvoie à la solitude sexuelle de chacun. Mais je voulais donner cela dès le début au film pour montrer que le sexe serait montrer frontalement, sans détour. Et puis, ce plan, cette situation inscrit encore le personnage dans l'adolescence. Pour moi, ce n'est pas une image gratuite, mais une image qui va en nourrir d'autres par la suite. J'aime bien que des scènes fassent un peu " tâche ", violentent un peu le spectateur. C'est la même chose avec la scène de danse sur la plage. On peut se demander ce qu'elle fait là !

En même temps, cette scène de danse fantaisiste se joue dans l'ombre, elle est très courte. On peut penser qu'elle n'est pas complètement assumée…

Je l'ai coupée par rythme, non pas pudeur. Et puis elle se prolonge dans la scène suivante, lorsqu'ils sont dans la rue. Pour moi, c'est un moment de déconnade, ce n'est pas une vraie chorégraphie, elle est totalement improvisée. Je ne voulais pas que ce soit un moment de danse qui existe en tant que telle. Le film ne fonctionne pas sur l'imagerie. Je n'aime pas tout ce folklore dit homosexuel véhiculé par certains films, ce côté chaud que l'on considère comme un art du spectacle et du travestissement totalement déconnecté des situations réelles.

Est-ce une manière de revendiquer un cinéma intimiste ?

Je fais un cinéma intimiste presque malgré moi. Ce que j'aimerais, c'est avoir accès au monde et le filmer. Mais je m'en sens pour l'instant incapable. Je crois qu'il faut que j'en passe d'abord par ma propre inscription, dire " je ", pour pouvoir passer à autre chose. L'unique chose que je peux alors décrire, c'est un environnement proche, à savoir mon propre corps. Mon cinéma est hélas encore assez narcissique, replié sur lui-même, un lieu où je tente de comprendre ce qu'est mon corps, mes affects… Mathieu, le personnage principal du film, essaye de se trouver, de trouver sa place, de quitter quelque chose pour aller ailleurs. Presque Rien décrit des choses très simples. Je ne filme pas grand chose, un être en construction, d'où le titre.

La relation entre Mathieu et Cédric prend fin sans que l'on sache vraiment pourquoi ?

Le sujet du film n'était pas raconter la formation d'un couple puis son évolution. Je voulais vraiment prendre une personne à un moment de sa vie où elle est encore en construction, et la suivre un temps. Mathieu est dans une période de déséquilibre : il doit s'affranchir de sa famille, quitter l'adolescence, alors qu'il fait la découverte de son homosexualité et du sentiment amoureux. Tout cela se mêle et le déstabilise, d'autant plus que l'on sent un passé familial assez lourd : un père absent, une mère dépressive, un frère mort… Lui-même a une propension à la mélancolie et à la dépression assez forte.

Peut-être aussi que la fragilité de Mathieu vient ce qu'il est confronté pour la première fois à ses émotions ?

Jusqu'à l'arrivée de Cédric, Mathieu se mettait à l'écart de ses émotions. L'épisode de l'oiseau qu'il trouve en est un exemple. Le corps mort de l'animal n'évoque rien pour lui, la mort lui est abstraite, comme le fut probablement celle de son frère. Mais la rencontre avec Cédric va tout précipiter, faire remonter un certain nombre de choses, une fragilité, parce que les sentiments arrivent, que des décisions doivent être prises, qu'un regard est posé sur lui.

Le personnage de la mère de Mathieu est très émouvant.

On aurait pu davantage jouer sur la part émotionnel que pouvait amener un tel personnage. Pendant l'écriture du scénario, j'ai d'ailleurs été tenté d'aller faire quelque chose de plus mélodramatique, mais Stéphane Bouquet, mon co-scénariste, m'a mis en garde. Le personnage risquait d'être comme un entonnoir, qui allait aspirer tout le film et le faire basculer dans autre chose. Je crois qu'il avait raison. Du coup, on a fait attention à ne jamais perdre le cap du film : le personnage de Mathieu. Il fallait que la dépression de la mère existe off, d'une certaine manière, à travers celle de son fils.

La rencontre entre Cédric et Mathieu a un petit côté romantique.

Presque fleur bleue, et j'y tenais. Je montrais une sexualité plus dure dans corps ouverts. Mais je n'ai pas envie de me cantonner à une manière de filmer et, pour moi, l'homosexualité, ce n'est pas forcément les saunas, les bordels, l'errance sexuelle. Il y avait un enjeu dans ce film : ne pas poser la question de l'homosexualité. C'est tout simplement une première fois. Quand Mathieu annonce à sa mère qu'il aime un garçon, ça ne crée pas forcément de drame, ça passe. Je n'ai pas essayé de problématiser ou de dramatiser l'homosexualité. Pour moi, réduire un personnage à sa sexualité est sans intérêt.

Cédric semble beaucoup plus solide que Mathieu.

Il est plus terrien, il prend la vie à bras le corps, il a décidé d'en jouir. Il a cette force-là. Lui et Mathieu sont assez contraires. On sent que Mathieu a des comptes à régler avec un milieu social qui l'étouffe. Ce n'est pas un hasard si Cédric le séduit, Cédric est un personnage plus violent qui fait un bras d'honneur à la société. Son insolence est saine. Je pense que Mathieu aspire profondément à ça, même s'il n'y arrive pas complètement.

Comment avez-vous choisi les acteurs ?

Pour les deux garçons je tenais d'emblée à cette opposition physique : l'un fragile, presque féminin, l'autre solide, puissant, terrien. J'avais vu Stéphane Rideau dans plusieurs films, notamment les Roseaux auvages, et ça me semblait évident qu'il puisse être Cédric. Quant à Jérémie Elkaïm, on se connaissait déjà un peu. J'avais vu quelques courts métrages dans lesquels il jouait. Ces films l'imposaient toujours dans une certaine exubérance, et même s'il convenait physiquement pour le rôle, c'était pour moi comme un pari de le faire exister autrement. D'autant que Jérémie est très énergique et expansif dans la vie, or moi, j'aime d'abord ramener un personnage à une présence qui se suffirait presque à elle-même. Le travail a donc consisté à épurer son jeu, à jouer plus sur les creux que sur les pleins.

Cette fin est très belle : revenir sur les lieux du passé pour mieux continuer à vivre.

C'est un deuil qui se joue là pour accéder à une nouvelle vie. C'est un peu la même chose qui se passe lorsque l'hiver venu Mathieu revient dans la villa déserte, un lieu chargé, presque un tombeau, mais où il pourra peut-être faire le deuil de son passé familial. L'histoire de Mathieu est en devenir, il est encore dans l'hiver de l'amour.

Entretien Claire Vassé.

 

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