a d v e n t i c e : 0 3 : 0 0 : C I N E M A     Gabriel de Monteynard
 

 

 

un film de >
François Ozon

D'après la pièce de Rainer Werner Fassbinder


sortie >
15 mars 2000

liens >
francois-ozon.com
gouttesdeau.com

 

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qui que quoi...
Français (1h30). Réalisation : François Ozon, Scénario : François Ozon d'après la pièce de Rainer Werner Fassbinder. Avec : Bernard Giraudeau (Laopold), Malik Zidi (Frantz), Ludivine Sagnier (Anna), Anna Thomson (Véra), Production : Fidélité Productions / Les films Alain Sarde, Distribution : Haut et Court Distribution.
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Gouttes d'eau sur pierres brûlantes

 

Fassbinder a marqué le cinéma par la noirceur de son univers. Cette pièce que François Ozon a adaptée de lui ressemble beaucoup à "La loi du plus fort", univers implacable où le cynisme règne en maître. Cette homosexualité impossible à vivre et la noirceur qui en ressort appartient à la génération de Genet (dont Fassbinder a d'ailleurs adapté le célèbre Querelle), qui avait besoin de l'écriture pour exorciser un mal être profond (cette pièce est très autobiographique), conséquence d'une sexualité mal assumée ou assumée en tant que sexualité "damnée". Une vie de couple "heureuse" est dans ces conditions inconcevable. Fallait-il aussi vraisemblablement se distinguer par la noirceur de la mièvrerie de bien des histoires d'amour "hétéros". Cette vision de l'homosexualité semble donc appartenir au passé, et pourtant elle a déjà fait un émule : François Ozon lui-même.

Souvenons-nous des Amants Criminels où l'adolescent était initié à l'amour entre homme par un "ogre ", vieil ermite anthropophage vivant reclus au milieu des bois. François Ozon semble donc poursuivre son chemin dans la même voie.

Les rapports dominant - dominé sont incarnés ici respectivement par un bourgeois quinquagénaire cynique et un jeune homme de vingt ans, pur et naïf. Le contraste entre les deux personnages est total : l'un est aussi dominateur, désabusé, froid et calculateur que l'autre est soumis, tendre et ingénu. Comme on pourrait s'en douter, le dominateur est actif dans les rapports sexuels (très pudiquement montrés, une fois de plus). Celui des deux qui est manipulé et dominé se fait aussi " enculer " au sens propre comme au sens figuré.

Les scènes de ménage incessantes qui résultent de cette situation de départ un tantinet caricaturale deviennent parfois grotesques par manque de crédibilité. Il appartient à Fassbinder et à Ozon de nous faire croire à ce rapport si particulier qui unit les deux protagonistes en y apportant un minimum de nuance. Or de nuances ici, il n'y en a pas. On est une fois de plus dans le cliché de la relation homo impossible, vécue dans la souffrance, où l'aîné pervertit le plus jeune en abusant de son innocence, comme un vilain monsieur qui ferait la sortie des écoles.

Mais l'œuvre de Fassbinder est malgré tout assez riche pour retenir notre attention. L'interdépendance du dominant et du dominé y est admirablement décrite. Le sentiment amoureux du dominé pour son bourreau, sentiment qui pardonne tout au détriment de son amour propre, est comme celui des femmes battues incapable de rompre, acceptant les coups par amour et les suscitant par la même occasion.

Gouttes d'eau… est un film tout en dialogues, qui assume totalement sa théâtralité (les actes de la pièce sont clairement indiqués en intertitres). Mais cette théâtralité n'est nullement gênante : dialogues brillants, atmosphère de huit clos étouffant.

La maîtrise qu'Ozon a de l'image et du découpage contribue beaucoup à créer cette ambiance de claustration. En ce sens, l'adaptation est plutôt réussie, même si la pièce a vieilli…

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