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Gouttes
d'eau sur pierres brûlantes
Souvenons-nous des Amants Criminels où l'adolescent était initié à l'amour entre homme par un "ogre ", vieil ermite anthropophage vivant reclus au milieu des bois. François Ozon semble donc poursuivre son chemin dans la même voie. Les rapports dominant - dominé sont incarnés ici respectivement par un bourgeois quinquagénaire cynique et un jeune homme de vingt ans, pur et naïf. Le contraste entre les deux personnages est total : l'un est aussi dominateur, désabusé, froid et calculateur que l'autre est soumis, tendre et ingénu. Comme on pourrait s'en douter, le dominateur est actif dans les rapports sexuels (très pudiquement montrés, une fois de plus). Celui des deux qui est manipulé et dominé se fait aussi " enculer " au sens propre comme au sens figuré. Les scènes de ménage incessantes qui résultent de cette situation de départ un tantinet caricaturale deviennent parfois grotesques par manque de crédibilité. Il appartient à Fassbinder et à Ozon de nous faire croire à ce rapport si particulier qui unit les deux protagonistes en y apportant un minimum de nuance. Or de nuances ici, il n'y en a pas. On est une fois de plus dans le cliché de la relation homo impossible, vécue dans la souffrance, où l'aîné pervertit le plus jeune en abusant de son innocence, comme un vilain monsieur qui ferait la sortie des écoles. Mais l'uvre de Fassbinder est malgré tout assez riche pour retenir notre attention. L'interdépendance du dominant et du dominé y est admirablement décrite. Le sentiment amoureux du dominé pour son bourreau, sentiment qui pardonne tout au détriment de son amour propre, est comme celui des femmes battues incapable de rompre, acceptant les coups par amour et les suscitant par la même occasion. Gouttes d'eau est un film tout en dialogues, qui assume totalement sa théâtralité (les actes de la pièce sont clairement indiqués en intertitres). Mais cette théâtralité n'est nullement gênante : dialogues brillants, atmosphère de huit clos étouffant. La maîtrise qu'Ozon a de l'image et du découpage contribue beaucoup à créer cette ambiance de claustration. En ce sens, l'adaptation est plutôt réussie, même si la pièce a vieilli |
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