a d v e n t i c e : 0 8 : 9 9 : C I N E M A     Gabriel de Monteynard

 

 

un film de >
François Ozon


sortie >
18 août 1999

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qui que quoi...
1998, 90 min
Scénario, dialogue et réalisation: François Ozon. Photo: Pierre Stoeber. Son: François Guillaume.
Montage: Dominique Petrot. Musique: Philippe Rombi
Décors: Arnaud de Mauleron. Interprétation: Natacha Régnier, Jérémie Renier, Miki Manojlovic,
Salim Kechiouche, Yasmine Belmadi
Production: Fidélité productions

Sélection Officielle Festival de Venise 99

Synopsis: En France, dans une ville de province, deux adolescents
décident de commettre un meurtre et assassinent un camarade de classe, Saïd.
Aussitôt fait, ils s'enfuient dans une forêt enterrer le cadavre...
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Photo Jean-Claude Moireau Copyright Fidélité Production

 

Les amants criminels

 

Ozon ne nous fait pas de pub...


Reconnu pour la qualité de ses courts métrages, François Ozon bénéficiait déjà d'une certaine notoriété avant même la sortie de son premier long métrage Sitcom, lequel d'ailleurs n'a pas manqué de soulever certaines controverse et de décevoir quelques-uns. Mais malgré ce deuxième long peu convainquant, on continue à croire en Ozon. Sera-t-il LE cinéaste qui demain donnera un coup de jouvence a un cinéma français trop timoré, et souvent peu inventif ?

Après nous avoir séduits avec des courts tels que Une robe d'été, Scènes de lit, Regarde la mer, nous retrouvons dans ses longs la même "pâte", ces éléments récurants qui font de lui un vrai auteur : Sexualité ambiguë, sexualité qui se cherche, volonté de dépasser les tabous et coté "provoc" sans être gratuit sont les ingrédients favoris de ce jeune espoir. Tantôt utilisés avec humour et légèreté (Scènes de lit, Une robe d'été, Sitcom), tantôt ingrédients d'un climat oppressant (La petite mort, Regarde la Mer, Les amants criminels), nous les reconnaissons de film en film.

Un couple d'adolescents tue un camarade de classe pour une raison inconnue au début, et passent une bonne partie du film à fuir. Mais déjà le film possède quelques faiblesse de scénario puisque nous ne connaissons rien des deux amants, leur fuite nous laisse indifférents. Ce début permet néanmoins une chose intéressante : de construire le récit de tout ce qui a précédé le meurtre en flashs back. Un jeu sur le rapport entre flash back et ellipse est d'ailleurs assez inventif. Le même flash back revient une deuxième fois : ce sont les moments qui ont suivi le meurtre mais... ce ne sont pas les mêmes moments ! Et là Ozon nous montre bien que le cinéma n'est qu'un jeu de Légo où des instants épars sont assemblés en un condensé qui n'est pas la réalité mais seulement un point de vu : celui dont l'auteur a besoin à un moment donné de sa narration.

L'attirance du meurtrier (Luc) pour sa victime (Saïd) est à peine suggérée dans les flashs back. Même si cet élan affectif est à peine conscient, il est insuffisamment mis en valeur ; la tension dramatique en pâtit. Le film repose sur la sexualité ambiguë de Luc qui s'obstine à poursuivre une relation hétéro malgré sont incapacité à l'assumer sexuellement. La prise de conscience réelle de son l'homosexualité passe par le viol, lorsque les amants sont séquestrés par un ermite anthropophage qui vit au fond des bois.

Et à partir de là on ne sait plus trop où Ozon veut nous mener. Pourquoi mettre en parallèle anthropophagie et homosexualité ? S'agit-il d'une référence au conte de Grimm (Hansel and Gretel) ? L'intérêt d'une telle option serait alors très discutable. Comment peut-on parler de conte avec un début (le premier tiers du film) qui n'y ressemble absolument pas, et avec, de surcroît, une fille aussi calculatrice et cynique ? L'interprétation peut alors aisément tomber dans le contre sens. Luc n'aurait pas appris à se connaître grâce à son violeur mais aurait été perverti par un véritable monstre, bien plus âgé que lui, et qui, au fil du temps, aurait accumulé tous les vices. Mettre en parallèle homosexualité avec solitude, vice et univers glauque n'est pas nouveau depuis Cuising, et c'est toujours une image terriblement malsaine qui est véhiculée.

La fin est grotesque. Libéré des griffes de l'ogre, Luc trouve un nouvel appétit sexuel pour sa copine. Ozon se prend alors à nous faire du romantisme à la "Blanche Neige" (pour reprendre ses propos). Risible. Bien sûr, le propos réside toujours dans l'ambiguïté de la sexualité. En lui faisant connaître la jouissance, l'anthropophage l'a libéré de ses inhibitions. Luc sait bien qu'il aimera désormais les hommes. Mais cette prise de conscience arrive au terme d'une douloureuse initiation. L'hétérosexualité a encore le beau rôle puisqu'elle triomphe dans un cadre paradisiaque, elle est synonyme de sentiments amoureux, de passion dont seul la mort peut venir à bout. Tout ceci fait très roman de gare, et dans ce genre de littérature point de place a une image un tant soit peu positive de l'homosexualité. Bref, Ozon nous fait pas de pub !