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Les
Passagers Et si le plus beau couple gay de l'histoire du cinéma s'appelait Stéphane Rideau (Les roseaux sauvages) et Bruno Putzulu (Pourquoi pas moi ?)... Les Passagers est un ovni dans le paysage audiovisuel. Et ça fait du bien de temps en temps de voir l'uvre d'un auteur refusant les compromis faciles. Le fil conducteur : un tramway. Durant les brefs trajets des voyageurs les destins se croisent mais ne se rencontrent pas forcément. Et nous suivons tantôt l'un tantôt l'autre hors du tram pour explorer quelques instants volés de sa vie privée. A mesure que le film avance, on devine leur point commun. Ils mènent tous un combat silencieux pour préserver leur individualité face au monde moderne, pour réaliser leurs désirs malgré les turpitudes de la vie active, les conventions ou le quotidien d'une vie exsangue. Construire une vie de couple, connaître enfin une passion amoureuse, vivre une sexualité différente sans se soucier des étiquettes ou des rôles prédéfinis. Ces étiquettes sont d'ailleurs dénoncées dans un excellent monologue de l'un des passagers (Jean-Christophe Bouvet) sur la sexualité, magnifiquement interprété. L'un des moments de grâce du film. Mais tous doivent aussi composer avec une société cynique et pouvoir y survivre. Nous ne voyons pas les personnages évoluer dans leur milieu professionnel (sauf la narratrice, Véronique Silver, admirable de vérité dans cette scène ou elle discute avec une collègue infirmière) mais l'on devine à travers les dialogues la place que prennent ces préoccupations matérielles qui sont autant de freins à leur vie. Dans ce film très engagé, notre condition de citoyen soumis qui se débat pour exister un peu est dénoncée sans détour. Le tramway est à l'image de cette vie. Silencieux et design, il glisse dans la ville au milieu des tours. Dans ce temple de la sécurité et de l'ennui, la voix de la narratrice nous réchauffe le cur. Assise au milieu des passagers, sereine, tel un sage, elle s'adresse à nous, elle nous prend à témoin. Elle a un rôle différent du narrateur habituel. Son intervention est davantage une réflexion sur les personnages ou sur le monde qui les entoure qu'une simple description de faits. Et c'est la force du film : cette volonté de dire les choses de manière frontale, de transcender l'anecdotique pour parvenir au cas général. Le couple Rideau-Putzulu est une partie intégrée dans un tout. L'homosexualité est banalisée. Les spectateurs gays regretteront de constater l'absence d'érotisme dans la mise en scène du couple homo. Trop de pudeur, encore une fois. Cette pudibonderie est un défaut courant. Mais les moments d'intimité nous révèlent de vrais personnages, complexes, construits. Et nos deux beautés s'en sortent assez bien dans leur interprétation (Bruno Putzulu est bien mieux que dans Pourquoi pas moi ?). Au fait, Bruno, mon invitation à dîner tient toujours (Cf. article sur Pourquoi pas moi ?), mais j'aimerais y inclure Stéphane, si tu le permets. Pour y répondre l'un ou l'autre : cliquez sur mon nom à la fin de l'article ! On regrettera aussi l'amateurisme de certains acteurs (en particulier dans la toute première scène du film : on se demande vraiment où l'on a atterris !) mais surtout l'aspect littéraire des dialogues. De temps en temps, ça s'écoute sans trop de problème, mais souvent ça agace. Cette tendance rohmerienne de certains "films d'auteur" français est prétentieuse et n'apporte rien. Concernant le narrateur, ce parti pris est tout à fait adapté et le message passe bien. Trop bien parfois. Jean-Claude Guiguet, dont c'est le quatrième long métrage, a décidé d'être plus clair dans son propos... Au risque d'être démonstratif, il convainc quand même.
Gabriel
de MONTEYNARD, 31/05/99.
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