a d v e n t i c e : 0 6 : 9 9 : C I N E M A     Gabriel de Monteynard

 

 

un film de >
Scott Silver


sortie >
9 juin 1999

 

 

 

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qui que quoi...
Américainn (1h32).
Scénario et réalisation : Scott Silver. Production : Beau
Flynn et Stefan Simchowitz. Distribution : Epicentre Films. Musique
: Charles Brown. Rôles principaux : David Arquette (John), Lukas
Haas (Donner), Elliott Gould (Manny Gould).

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Johns

 

A Santa Monica Boulevard on ne côtoie pas de stars qui descendent les marches d'un palais, mais la misère humaine de garçons qui se prostituent.


Hollywood, capital du rêve préfabriqué qui se répand dans le monde entier à coup de millions de dollars. L'envers du décor parvient quelque fois sur les écrans des films indépendants. A Santa Monica Boulevard on ne côtoie pas de stars qui descendent les marches d'un palais, mais la misère humaine et matérielle de garçons qui se prostituent. A vous faire oublier cette vie glamour qui envahit les séries télévisées (produits hollywoodiens par excellence).

Bien sûr, Johns n'est pas le premier film sur ce thème et on aurait envi de passer son chemin en se disant qu'on a assez vu de prostitution masculine sur les écrans. Ce serait un tort. De tous, c'est peut-être My own private idaho qui semble le plus proche, où le beau River Phoenix, en prise avec un amour impossible pour son compagnon de trottoir Keanu Reeves (à ses débuts), finit par lui avouer ses sentiments. Et pourtant Johns n'est pas un remake ni un plagiat de ce dernier. Il n'a rien du coté film d'aventure un tantinet mélodramatique de My own... Ici pas de mise en scène très léchée, mais la réalité de la rue qui vous colle à la peau et dont on ne sort... jamais ?

Johns n'est pas un film gay à proprement parler. Avec une mise en scène très réaliste, Scott Silver nous fait découvrir cet univers de gamins obsédés par leur propre survie, sans projet et sans avenir. Malgré les turpitudes de leurs vies, une amitié naît et se construit au fil des jours, celle d'un gigolo aguerris, John, admirablement interprété par le beau David Arquette, et d'un novice de la prostitution (Donner -Lukas Haas). Rapport ambigu puisque Donner est gay, John pas. Mais rassurez-vous, on ne tombe jamais dans le pathos de l'amour impossible d'un pédé pour un hétéro. Cette relation est touchante de vérité et pourtant sa sincérité, si elle est évidente du point de vu de Donner, l'est moins de celui de John. L'argent et les intérêts de chacun s'immiscent dans la relation comme un poison diffus.

Mais ce cynisme n'est qu'apparence. John conserve au fond de lui l'innocence qu'ont définitivement perdu ses clients, hommes responsables et respectables. Il nourrit un rêve de gamin qu'il veut satisfaire pour son anniversaire : passer une nuit dans un palace, un hôtel de rêve, comme au cinéma. Le contraste entre la clientèle habituelle, qui promène sa morgue dans des couloirs luxueux, et l'émerveillement enfantin de John est saisissant. Et cette confrontation douloureuse sera un apprentissage de la vie. Un de plus.

Mais la grande qualité du film est de nous montrer l'autre point de vu de la prostitution : les clients. Ils sont tout aussi pathétiques, avec le cynisme en plus. Scott Silver parvient à nous brosser, d'un micheton à l'autre, les différents visages de cette clientèle d'hommes d'âge mûr bien installés dans leur vie d'hétéros bourgeois et qui n'assument pas leur homosexualité. Satisfaits de la façade, imbus de leur statut social et de la sécurité qu'il procure, ces clowns tristes vivent une mascarade permanente. Le client "favoris" de John est typique. Intérieur propret, une vraie maison de poupée, la respectabilité est à son comble. Il va même jusqu'à offrir un cadeau à John pour son anniversaire. Voilà un bel exemple de frustration bien plus affective que sexuelle. Et cette logique schizophrène est bien sûr cause de comportement homophobes violents. Ils font parti des risques du métier...

Derrière les rapports gigolos-michetons, omniprésents dans le film, nous voyons toute l'hypocrisie d'une bourgeoisie bien pensante qui déplorent les quartiers mal famés mais s'y rendent quand leur libido les y appelle. Donner, issu d'un milieu aisé, est une victime de ce sectarisme, renvoyé de chez lui suite à la révélation de sa sexualité. Admirable d'innocence (excellente interprétation de Lukas Haas), il révèle par contraste le cynisme environnent. Mais le vrai cynisme est celui des parvenus.