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a d v e n t i c e : 0 6 : 9 9 : C I N E M A Gabriel de Monteynard |
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Tout
sur ma mère
Encensé par la critique, très remarqué au Festival de Cannes, le cru Almodóvar 99 n'est pas passé inaperçu. Un Almodóvar presque méconnaissable par sa sobriété, voire sa gravité. Les "Femmes au bord de la crise de nerf" sont devenues presque bergmaniennes ! Le cinéaste le dit lui-même dans une interview à propos du jeu des actrices : "Ces femmes vivent des situations propices à tous les débordements : elles auraient toutes les raison de sangloter, de hurler, de se taper la tête contre les murs. Je leur ai demandé, au contraire, une sobriété presque aride. Comme si j'étais un cinéaste tchèque, ou mieux : suédois...". Le cinéaste a mûri : les coups d'éclats et l'hystérie permanente, sans avoir disparu complètement (c'est aussi ce qui fait son charme), s'estompent pour laisser place une souffrance très intériorisée. Une plus grande sobriété, certes, mais on reste dans l'univers Almodóvar. Je dirais même que l'on a retrouvé cette fantaisie quelque peu perdue dans son film précédent, En chair et en os, avec travestis et personnages homos haut en couleur, coup d'éclats et mise en scène baroque. Donc, plus que jamais, on est plongé dans les contrastes. Mais la grande nouveauté de Tout sur ma mère est son aspect mélo, revendiqué tel. Et c'est le personnage qui pourrait incarner le cinéaste (jeune), qui, le premier, sera frappé par le sort. Fils unique de vingt ans aux aspirations artistiques (il souhaite devenir écrivain), il est invité le jour de son anniversaire par sa mère (Manuela) au théâtre voir Un tramway nommé Désir. Attendant la sortie d'une star de la scène, Huma (Marisa Paredes, sublime), fébrile, espérant un autographe, il se précipite et court après la voiture. Il se fait écraser. On est clairement en plein mélo. Et ce n'est que le début d'une longue série tragique. Si de tels rebondissement pourraient paraître ridicules de facilité dans un autre contexte, Almodóvar arrive à les faire passer. C'est tout son talent.
Pour Manuela, c'est le début d'un deuil qu'elle ne finira jamais de consommer. Commence une errance à la recherche du père qu'elle a quitté à la naissance de son fils pour des raisons inconnues. Père dont elle a effacé toutes traces. Ce passé, trouble, fait tout le mystère du personnage. Mais d'autres destins croisent le siens, celui de femmes (ou considérée comme telle : un travestis) en détresse, comme elle. De leur souffrance naît une entraide et finalement une humanité sans égal. Mais ce n'est pas d'un humanisme mièvre dont se nourri Almodóvar, ni de violons gémissants. Cette histoire tellement baroque, on y croit ! Une petite réserve cependant sur la période du film qui suit l'arrivée à Barcelone de Manuela (après la mort du fils). Elle manque de tension dramatique par son coté explicatif : on sent une volonté de ne pas perdre le spectateur, trop présente. L'histoire s'effiloche quelque peu l'on se demande assez vite l'on veut nous mener. Mais on se le demande un peu trop longtemps avant que cette histoire reprenne une cohérence dramatique (elle ne perd jamais sa cohérence narrative) et finisse avec brio en un feu d'artifice d'émotions. Almodóvar n'est peut-être pas si à l'aise avec la sobriété bergmanienne et je me refuse à crier au chef d'uvre (envers et contre tous ?). Mais il n'a rien perdu de son talent. |
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