Sortie le 9 juin 1999

Killer Kondom
de Martin Walz d'après la BD de Ralph König

Un film décapant.

Les Nouveau Mecs, vous vous rappelez ? Premier film adapté de Ralph König, version totalement édulcorée et aseptisée de la BD originale, reniée par König lui-même (il devait initialement participer au scénario mais, devant l'option consensuelle adoptée, y a renoncé). Bref, un film "pour toute la famille" !

Mais cette fois-ci Ralph König participe directement au scénario, et jusqu'au bout. Martin Walz (dont c'est le deuxième film) a voulu rester fidèle à cet univers trash et provoc de son collaborateur, tant dans l'écriture que dans la mise en scène. Le résultat est un film décapant. Les comédies françaises, toujours prisonnières du comique troupier et du boulevard, devraient en prendre de la graine. Ici, jamais de lourdeur, mais une jubilation permanente, une vraie dégustation. L'univers de Ralph König est parvenu à traverser l'écran.

Et le pari n'était pas simple car cette BD est composée (le saviez-vous ?) d'une vingtaine de volumes (tous traduits en français, mais regroupé en deux recueils, et bientôt en un seul). Il fallait donc tirer de ce matériau la substantifique moelle, une forme de condensé qui conserve l'esprit de l'original. C'est la difficulté de toute adaptation, me direz-vous. Certes. Mais la tâche devient aussi complexe que celle de l'adaptation d'un roman !

Et la trame de ce roman n'a rien de La petite maison dans la prairie ! Dans un hôtel de passe sordide, on recense plusieurs cas de mecs qui ont eu, pendant leurs ébats amoureux, la bite arrachée ! L'inspecteur Luigi Mackaroni enquête. Un vrai dur de dur mais... ouvertement homo. Pendant ses ébats avec un gigolo, il découvre l'incroyable vérité : c'est un préservatif bien vivant, à la mâchoire acérée, qui est la cause de tout. La perte de son testicule gauche dévoré par le monstre va transformer l'enquête en un combat personnel...

Une mise en scène très BD, des références aux classiques du genre clairement lisibles (Psychose, Les dents de la mer), un détournement permanent des clichés du polar et des films hollywoodiens, y compris dans l'histoire d'amour qu'ils comportent toujours (entre l'inspecteur et le gigolo), sont les ingrédients qui maintiennent la vivacité et le ton perpétuellement décalé du film. Malgré le suspens réel qui nous tient cloués à nos fauteuils (hé oui !), Martin Walz nous rappelle constamment de ne rien prendre au sérieux. Et ça marche.

Ce parti pris de traitement décalé n'empêchent pas de donner au détective une humanité, et même une profondeur. Il existe en tant que personnage, et il est vraiment attachant ce Mackaroni. Prisonnier de sa solitude et d'une forme de renoncement, revenu de tout, isolé de son pays natal (la Sicile), en proie à une nostalgie omniprésente, bref, profondément insatisfait de sa vie, il connaîtra pourtant la passion amoureuse.

Mais cette histoire abracadabrante n'est pas gratuite. Etrangement, cette capote monstrueuse ne sévit que dans les hôtels de passe et la communauté gay. On pense au Sida, bien sûr. Tant qu'il touchait "les pédés et les drogués", ça faisait du nettoyage ! Combien l'ont pensé et le pensent encore ?

Mais ce sont les ligues de vertus qui sont directement mises en cause, et brillamment tournées au ridicule. La Morale devient crime, et au nom de Dieu, dans un souci "d'assainissement", on tue. La croyance religieuse est folie. Ce film tombe à point nommé avec l'actualité du moment (l'attentat à la bombe à Londres). Et le film se termine en un feu d'artifice mémorable.

Gabriel de MONTEYNARD, 31/05/99.

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Killer Kondom
Allemand (1h43). Scénario : Ralph König et Martin Walz. Réalisation : Martin Walz. Avec Udo Samel, Gerd Wameling, Merit Becker, Otto Sander. Production : Ascot Elite & Ecco Film Production. Distribution : K-Films.