Gabriel Aghion, de Pédale Douce à Belle Maman

Concept publicitaire alléchant, plutôt réussi, pour les affiches de Pédale Douce qui suggèrent le thème de la double vie. "Le jour" on est habillé en costard et on démarche les clients. "La nuit" on fait la fête (coupes de champagne) ; on peut enfin être soit même et réaliser ses fantasmes (Timsit se travestis). Le premier film de Gabriel Aghion à réalisé plus de trois millions d'entrées en exploitant les mêmes clichés : la folle qui est aussi travestis, le goût inné (!) des pédés pour la fête (par opposition, Berry représente l'hétéro chiant), la vie gay nécessairement secrète, nécessairement double-vie (le restaurant bon-chic-bon-genre de Fanny Ardant possède sont entrée dérobée qui permet l'accès à une boite gay... Vous en connaissez, vous, des endroits de ce type ? Donnez-moi l'adresse !). Mais comble de l'horreur : la perversion de la vie pédé est rachetée, à la fin du film, par la pure et douce hétérosexualité qui, elle, ne se limite pas à des plaisirs sans lendemain. Elle est le synonyme d'amour véritable, de sentiments passionnés et de procréation (donc de vie...) Timsit fait sa déclaration à Fanny Ardant au téléphone : "Tu es la femme de ma vie", alors que dès le début du film, cet odieux personnage fait "le coup des croissants" à un mec de passage et ose s'en venter au téléphone (tout en s'habillant pour son rendez-vous d'affaire).

Qui aurait pensé que réalisateur de cet ineffable film puisse un jour gagner en subtilité ? Moi pas. J'en n'attendais rien. C'est la mort d'en l'âme (je l'avoue) que je me suis traîné pour aller voir Belle maman. J'avais lu qu'il y était question d'un couple lesbien et d'un autre pédé, sans pour autant que la vie gay ne soit au cœur du film. Je pressentait un navet pire encore que Pédale Douce. Pédale Douce était odieux mais n'était pas fade. J'était persuadé que Belle Maman le saurait, en plus d'être aussi caricatural !

Le début du film confirme quelque peu cet à priori : lors d'un banquet de mariage, la fête a lieu davantage dans les toilettes pour hommes que sur la piste de danse ; stupide pantomime, pas crédible un seul instant, qui n'en fini plus. Au premier abord, points communs avec son premier film ne manquent pas : brochette des stars (Catherine Deneuve, Vincent Lindon, Mathilde Seigner, Line Renaud, Stéphane Audran...) et humour à tout pris. Et le film démarre enfin !

La surprise a été de taille. Bien sûr, Belle Maman, co-produit par TF1, n'est pas une date dans l'histoire du cinéma. La trame principale n'est qu'une simple histoire d'amour entre une femme mûre (Deneuve) et son gendre. Pour qu'une histoire d'amour fonctionne il faut qu'il y est des obstacles. Le tabou d'une relation quasi incestueuse en est un. Mais la surprise est ailleurs... Ce tabou est mis en parallèle avec une relation lesbienne vécue au grand jour dés le début du film, et une relation pédé qui éclate au beau milieu. Les personnages gagnent en subtilité pour une raison simple : il ne s'agit plus dans Belle Maman d'aligner les gags comme dans Pédale Douce. D'où atténuation (je n'ai pas dis disparition !) de ce coté boulevardier. Ceci s'explique aussi sûrement par l'intervention d'une scénariste confirmée : Danièle Thompson .Gabriel Aghion n'hésite pas à introduire des moments d'une certaine gravité. Il réussi à nous émouvoir même une fois avec le couple lesbien (un peu pathos mais pas trop) même s'il aurait pu éviter de donner à Line Renaud ce coté "camionneuse" avec ses gros cigares et ses plaisanteries de mecs. En parlant de mecs, le couple homo en revanche n'a pas ce coté folle de cabaret que les pédés avait tous dans Pédale Douce.

De la bouche même d'un enfants, en conclusion du film, on entend parler du PACS... Un peu trop militant, pour le coup ! Aghion a-t-il voulu se racheter une conscience toute neuve auprès des homos ? On ne niera pas malgré tout le pas franchi entre ces deux films. Aghion, à suivre...

Gabriel de MONTEYNARD, 15/03/98.

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Belle Maman
Français (1h42). Réal. : Gabriel Aghion. Scén. : G. Aghion et Danièle Thompson. Avec : Catherine Deneuve (Léa), Vincent Lindon (Antoine), Mathilde Seigner (Séverine), Line Renaud (Nicou), Stéphane Audran (Brigitte).