Wong Kar-Wai
Happy Together
Un tango chinois ivre et enfumé
Une fois encore, la programmation du Balzac est positivement trouante. On y voit en effet avant la projection d'Happy Together un court métrage époustouflant de Regis Obadia, L'Etreinte. Une danse entre l'étreinte et l'affrontement, fluide et violente, qui nous prépare impeccablement a danser le tango de Wong Kar-Wai. Happy Together est l'histoire aliénante de Lai Yiu-Fai et Ho Po-Wing (joués indiscutablement par des anges), amants de Hong Kong venus en Argentine pour "repartir à zéro". Et ça, on sait ce que ca veut dire. Effectivement, zéro, rien. C'est même pire, sauf que c'est en Argentine. Après une scène de baise inaugurale filmée comme un soulagement orgasmique, commence une danse connue et pourtant inédite, en forme d'allers-retours incessants. Lai délaissé se retrouve racoleur dans un bar pour touristes - il faut bien vivre - où l'insupportable Ho viendra s'afficher en gigolo épanoui. Et c'est reparti, Lai l'amoureux laisse Ho revenir, la soigne... et le voit repartir. Vacheries et tendresses d'une vie de couple banale, certes peut-être, mais un peu puissance dix quand même. Jusqu'à ce que Lai soit définitivement abandonné et se réfugie dans l'amitié bienfaisante et bienveillante de Chang, collègue de restau. La camera de Wong Kar-Wai accompagne de ses mouvements ce tango cruel. Elle ralentit, accélère. Stop. Arrêt. Orgasme visuel. La beauté plastique du ballet qu'il en extrait laisse KO. Au terme de ce périple argentin, à la recherche des chutes de l'Iguacu, on se rend compte que le film agit pour nous comme Chang (au don particulier d'entendre les conversations intimes) pour Lai : on a laissé nos chagrins d'amour au phare du bout du monde, Ushuaia. Cette fois, on repart réellement à zéro.
Fred, 17/12/97.
Happy Together
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