Gregg Araki
Nowhere
Bulshit. Ca baise, ça bouffe, ça dégueule, ça sniffe, ça se branle, ça tue, et ça disjoncte. Cette parodie de Beverly Hills version 100% trash est un portrait sans complaisance d'une génération perdue. Le discours n'est pas nouveau. En 1991, après avoir observé les styles de vie en Californie, Douglas Coupland écrivait Generation X. Son livre est devenu la bible de tout publicitaire ou tout professionnel du marketing souhaitant s'adresser à cette cible, les 18-30 ans d'aujourd'hui. Les agences de pub investissent des sommes monstres pour comprendre maintenant les plus jeunes, affublés cette fois-ci du nom de code "Generation Y", une génération qui se fout de l'argent et des mythes sociaux. La vacuité de la vie de ces teenagers n'est pas non plus sans nous rappeler le roman de Bret Easton Ellis, Moins que zéro. Bref on n'a pas fini d'entendre parler de ce mal de vivre des jeunes. Et le filon fonctionne d'autant mieux que ces jeunes adorent qu'on leur retourne leurs quatre vérités. Le cinéma hollywoodien, la machine à rêves d'antan, a laissé la place au cinéma mirroir, celui dans lequel on se retrouve, mais avec des défauts grossis et amplifiés au microscope électronique. Triste portrait donc. Triste parce qu'il est certainement bien réel. Laissés à la dérive par une société qui a baissé les bras, qui n'est plus capable d'assurer leur avenir ni même de leur offrir le minimum de repères nécessaire à leur développement. Héritiers d'une société en crise dont il ne sont pas responsables mais bien les victimes (la famille comme l'école en prennent plein la tronche). Sans espoir donc (ironie pinçante de la serviette brodée du mot "HOPE"), sans perspective, sans modèle (parents n'assurant plus leur rôle), et sans idéologie, les personnages du film comblent ce vide de sens et ce vide émotionnel par une course aux plaisirs immédiats et le goût de l'extrême. Tout y passe, du sexe à la drogue. Aucune retenue. On s'abandonne, puisqu'on n'a rien à perdre. Seule fin possible, la mort. Et les rapaces sont là - des stars de la télé aux prédicateurs de la télévangélisation - pour leur offrir contre monnaie sonnante et trébuchante un ersatz d'idéologie à 2 balles. Mais le pire reste cette solitude dans laquelle chacun est enfermé, cette impossible communication entre les êtres. Egg qui se fait violer et qui ne peut pas en parler à ses parents, Dark qui essaie désespérément de parler d'amour à une fille qui se tape tous les mecs de la ville, Dingbat qui n'arrive plus à communiquer avec son copain qui est sous coke 24h sur 24... Et quand Dark semble enfin trouver l'être qui le comprend en la personne de Montgomery, homo, celui-ci se révèle n'être qu'un mirage... Plus de normes, plus de frontières, plus de retenue. Tout est bon, garçon, fille, du moment que ça jouit. Et c'est là que le bas blesse à mon avis. Car l'homosexualité, très présente dans le film, est présentée comme une déviance parmi d'autre. Elle apparaît comme un des symptômes du déclin de notre société, dans le même panier que la drogue ou la violence. Pourtant Gregg Araki est gay. A noter quand même pour l'anecdote une apparition des frères jumeaux Brewer. En hétéros! Bref, un film très fin de siècle. Drôle et grinçant à la fois. A voir absolument. Mais on a quand même envie de dire à quand un film sur les voies possibles d'un renouveau de la société? Jérôme, 17/09/97.
Nowhere
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