Bruce LaBruce
Hustler White
Un film qui a choqué l'Union Nationale des Associations Familiales et failli être classé X (on remercie Jack Lang pour son intervention énergique) ne peut pas être foncièrement mauvais ! Bien qu'il ait été désixé (pas d'éjaculation), ce serait une insulte faite au film que de lui retirer le qualificatif de porno. Faisant fi de l'opposition artificielle entre oeuvre d'art et porno, l'indépendant Bruce LaBruce réalise ici un quasi-porno trash et déjanté qui ne peut qu'évoquer cette phrase de Woody Allen : "L'amour, ce n'est sale que lorsque c'est bien fait." Et ici, c'est bien fait. Impossible de faire un catalogue à la IEM des pratiques mises en scène (uro, moignon-fucking, momification, lacération au rasoir), mais il est certain que la vision de certaines scènes par la juge Ringot aurait des conséquences sympathiques, sous forme d'étranglement au pop corn, voire d'éjaculation dentaire. Le tout n'est absolument pas présentable, souvent drôle - dernière scène hilarante - et jouissivement interprété (même par le beau brin de blond sodomisé à la chaîne par une bande de blacks surdimensionnés). Après river Phoenix et Keanu Reeves chez Gus Van Sant, c'est Tony Ward qui incarne le hustler en chef. Détour par Santa Monica Boulevard obligatoire. Quant à Bruce LaBruce, fils improbable d'une sauterelle en treillis et de Louis de Funès, il se révèle encore plus irrésistiblement décalé à l'écran que lors de sa venue pour l'Europride. En amoureux transi et parfaite idiote à la recherche du Prince Charmant - comme nous tous -, il redonne ses lettres de noblesse au concept galvaudé de "folle", à mille lieues des niaiseries françaises homophobes. Mais c'est dans sa dimension esthétique que le film affirme sa différence avec les pornos et la quasi-totalité des films gays, souvent plus ridicules que cinématographiques. C'est ce qu'il revendiquait lors de sa venue à Paris et qui lui faisait prendre ses distances avec le concept de queer cinema. La référence à Kenneth Anger est facile, puisque le personnage principal s'appelle Jürgen Anger, mais elle va bien au-delà du simple clin d'oeil. LaBruce donne à rêver avec de petits moyens, sa follitude s'exprime librement, fantasme des corps idéaux ; les "films magiques" de son illustre prédécesseur ne sont pas si lointains.
Un
mélo-porno-trash-comique à se greffer dans le cerveau pour les jours où la médiocrité définitive de ce pauvre
monde nous désespère (grosso merdo quand on nous dit tu n'y es pour rien, tu ne peux pas comprendre,
restons amis). Fred, 01/09/97.
Hustler White
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