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La Mauvaise éducation
Violence et passion dans l’Espagne post-franquiste
Le nouveau film de Pedro Almodovar aborde des thèmes déjà présents dans son précédent opus, Parle avec elle : le mensonge, l’abus sexuel, les arcanes de la personnalité d’un "méchant" dont on perçoit surtout la fragilité et la détresse. Mais ces thèmes sont cette fois explorés de manière frontale, brutale.
Dès le (superbe) générique de début, Almodovar annonce la couleur : du rouge, du noir ; des lambeaux de journaux, d’affiches, d’écrits divers qui, brusquement arrachés, dévoilent l’un après l’autre de nouvelles couches sous-jacentes.
Passé, présent, fiction : plusieurs époques, plusieurs réalités se répondent. Au début des années 1980, Enrique, réalisateur underground en pleine ascension, reçoit la visite d’un ancien camarade de collège, Ignacio, devenu acteur sous le pseudonyme d’Angel.
Ignacio fut son premier amour, et les souvenirs refont surface… Au collège, quelque seize ans plus tôt, les prêtres encadraient parfois les enfants d'un peu trop près. Ignacio, convoité par le directeur, s’était offert à lui pour l’empêcher de renvoyer Enrique – en vain.
C’est cette histoire que raconte "La Visite", un manuscrit qu’Angel laisse à Enrique. Dans une partie au présent ("fictive", explique Angel), Ignacio, devenu transsexuel, revient, des années plus tard, au collège pour faire chanter le père Manolo.
Enrique dévore le texte. Il est justement à la recherche d’un sujet pour son prochain film et décide de le porter à l’écran. Angel, ravi, veut toutefois interpréter le rôle principal, celui du travesti, ce qu’Enrique juge infaisable au vu de son physique. Mais il éprouve surtout des doutes de plus en plus grands sur l’identité de ce jeune homme qui prétend être Ignacio…
D’une époque à l’autre, d’une réalité à l’autre, Almodovar nous fait progresser, aux côtés d’Enrique, vers la vérité. A la douleur et la nostalgie du passé répondent la violence et la confusion du présent, l'humour et la rage froide d'une fiction au regard plus juste qu'il n'y paraît.
Moins d'émotion, sans doute, plus de colère que dans les précédents films du réalisateur ; mais pas moins de force. On sort de la salle ébranlé, choqué, avec le sentiment qu’il faudra plusieurs jours pour digérer tout cela – tout ce désir, toute cette passion, toute cette mort…
Arnaud Claes
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