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Madame Satã
Dans le Rio des années 30, une histoire gorgée de musique et de sang
Nous sommes à La Plana, quartier interlope de Rio, dans les années 1930. João, beau Noir au regard sombre, est l’assistant d’une chanteuse de cabaret dont le spectacle évoque Schéhérazade et les Mille et Une Nuits.
En coulisse, il rêve de monter sur scène pour raconter l'histoire à sa place, dans sa robe et sous son maquillage. Mais le patron du cabaret ne l’a toujours pas payé. Et la chanteuse, s’apercevant qu'il lui a emprunté sa robe, l’engueule.
Il casse tout, pille la caisse. S’enfuit. C’est ce genre de larcin qui l’expédie régulièrement en prison.
João est homme et femme, pleinement homme, pleinement femme, marginal, excessif, paranoïaque, oscillant sans cesse entre la plus grande délicatesse et la plus grande violence. Illettré, il est d’autant plus ombrageux et avide de reconnaissance.
Entre deux larcins, une cavale devant les flics, de nombreux séjours en prison, l’éducation, entre tendresse et tyrannie, de sa famille (il vit avec une prostituée et sa fille), João vit une passion pour un archange mal rasé dont l’amour agit comme un révélateur de la nécessité d’avancer dans son art. Il monte son spectacle dans un bar, triomphe… avant de chuter à nouveau.
Le personnage, superbe, a réellement existé : égérie de l’underground des années 70, il avait été sacré Reine du carnaval de Rio en 1942 grâce à son costume de "Madame Satan" (le surnom, inspiré du film de Cecil B de Mille, lui resta).
A partir de ce sujet hors normes, Karim Aïnouz réalise un premier film haletant, dont la photo, sombre et tâtonnante, le montage, haché, maintiennent le spectateur dans un état de tension permanente. On en ressort exalté, amoureux, conquis.
Arnaud
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