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Amours suspectes
Un super film de pétasses friquées...!
Rupert Everett et P. J. Hogan (le réalisateur de Muriel) ont réussi à Hollywood : après Le Mariage de mon meilleur ami, ils nous offrent une nouvelle comédie à gros budget, en plus déjanté.
Amours suspectes narre les aventures de Grace (Kathy Bates), paisible mère de famille américaine que son mari (Dan Akroyd) quitte le jour où elle s’apprête à réaliser son rêve : approcher, dans une émission de télé, le chanteur Victor Fox (Jonathan Pryce), "irrésistible" crooner aux costumes pailletés.
Pour reconquérir son mari en lui prouvant son caractère, elle décide de faire un coup d’éclat au cours de l’émission. Mais celle-ci est annulée au dernier moment : le crooner vient d’être assassiné par un tueur en série qui terrorise la ville.
Qu’à cela ne tienne : Grace ira à l’enterrement – en Angleterre ! Elle y rencontre Dirk (Rupert Everett), compagnon de 15 ans de Victor Fox – et, avec lui, la véritable vie de son idole : enfance malheureuse, famille coincée, homosexualité dissimulée aux hordes de fans…
Voici pour l'amorce. Au milieu de cette intrigue aussi rocambolesque que bourrée de clichés, émerge un beau personnage : celui de Grace, groupie, certes, mais surtout et avant tout mère, comme elle le dit elle-même. Elle végétait aux côtés d'un mari informe, mais rayonne en jouant avec sa petite fille âgée de quelques mois, et trouve une nouvelle raison de vivre en prenant sous son aile le beau Dirk qu’elle nourrit avec amour avant de le pousser à se battre pour la mémoire de Victor Fox…
L’intérêt de ce film réside ensuite dans son caractère extravagant – dans la débauche de moyens utilisée pour suivre les pérégrinations d’une femme au foyer cinquantenaire, d’un loser-beau-gosse-quarantenaire (pardon Rupert…), et d’une naine hystérique ; dans ce mélange de comédie, de film sentimental, de thriller improbable (le tueur en série est armé d’une arbalète !), et surtout de grand délire de pétasses (les apparitions de Julie Andrews sont un vrai bonheur).
Une image revient à plusieurs reprises dans le film : celle de personnages contemplant, du haut d’un appartement aseptisé, le reflet d’un feu d’artifice dans les vitres de la tour d’en face. Il va de soi que le réalisateur utilise cette image pour suggérer, d'abord, l’ennui et l'isolement de Grace, puis la solitude des personnages et leur quête d’identité.
Mais c’est au fond le film tout entier qui baigne dans cette contemplation du reflet de la vie – un reflet lisse, multicolore et chatoyant. Le tueur en série traqué par nos héros se cache certes parmi les sans-abris qui hantent les souterrains de la ville ; mais ceux-ci ne paraissent jamais inquiétants, et tout se termine dans l’euphorie douillette d’un plateau de télévision, représentatif d'une Amérique blanche et aisée pour qui le bonheur est un karaoké géant (après "I Say A Little Prayer" dans Le Mariage de mon meilleur ami, P. J. Hogan nous refait le coup du standard entonné à tue-tête par l'ensemble de ses acteurs : cette fois, c'est "I Can't Smile Without You" qui est à l'honneur).
Au final, la superficialité assumée de ce film reflète crûment l'esprit de l'époque dans laquelle nous vivons : tout entière réfugiée dans les bonheurs futiles et le confort matériel…
Arnaud
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