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Vivre me tue
La difficulté de vivre sa différence ou l'adaptation d'un roman culte desservie par une mise en scène peu convaincante.
Déjà dans Nationale 7, son premier long-métrage, Jean-Pierre Sinapi avait montré un intérêt particulier pour les sexualités "en marge". On se souviendra notamment du personnage d'homosexuel beur handicapé et fan de Johnny Hallyday (rien que ça!), magnifiquement interprété par Saïd Taghmaoui.
S'il est moins axé sur la sexualité à proprement parler, Vivre me tue n'en aborde pas moins des thèmes similaires. L'exclusion sociale cette fois, avec le racisme auquel est confronté Paul Smaïl, beur trentenaire diplômé de littérature mais incapable de trouver un job plus valorisant que celui de livreur de pizza. Mais aussi son petit frère Daniel, dans l'ombre de l'ainé, pas très doué pour les études, et qui voue une passion démesurée à son corps et au culturisme. Une manière pour lui de vivre son homosexualité qu'il peine à accepter.
Le film parle de l'opposition entre le corps et l'esprit, de la violence que l'on peut leur faire subir. Entre l'intellectuel idéaliste qui refuse de vendre son âme au diable et l'éphèbe presque attardé, obligé de se prostituer pour exister, il y a une similitude paradoxale qui empêche les personnages de vivre, prisonniers de leur condition et auteurs de leur propre autodestruction.
Face à l'exclusion et à l'incompréhension, doit-on lutter pour son identité ou courber l'échine et rentrer dans le rang? C'est la question qui est posée ici. La réponse se trouve dans un juste milieu, une tempérance entre la soumission et un idéal impossible à atteindre.
Si le livre originel de Paul Smaïl abordait avec le talent et la schizophrénie de l'auteur que l'on connaît ces thèmes riches et complexes, la présente adaptation n'en conserve qu'une substance superficielle, éprouvée par une mise en scène de téléfilm relativement plate. On ne peut mettre en doute la sincérité du réalisateur, mais comparé à l'énergie dramatique déployée dans Nationale 7, on ne peut qu'être déçu.
Restent des acteurs formidables, comme le toujours très juste Sami Bouajila, inoubliable Félix chez Ducastel et Martineau, ou Jalil Lespert, transfiguré en culturiste introverti, d'une crédibilité inattendue, qui prouve enfin qu'il est capable de s'investir physiquement dans un rôle.
Cyril Legann
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