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Frida
Souffrance et rage de vivre
Frida Kahlo (1907-1954), peintre mexicaine à la vie tumultueuse, fait l’objet depuis le début des années 1990 d’un culte grandissant parmi les collectionneurs. Ses tableaux, au style à la fois naïf et d’une grande dureté, très marqués par ses racines mexicaines, étaient il y a encore vingt ans quasi inconnus en-dehors du Mexique ; ils s’arrachent aujourd’hui dans les salles de vente à des tarifs record.
La vie de Frida Kahlo s’apparente à un véritable chemin de croix : atteinte de la polio durant son enfance (ce qui lui laissera la jambe droite estropiée), elle est grièvement blessée à la colonne vertébrale dans un accident de bus à l’âge de dix-huit ans. Alitée plusieurs mois durant, elle se consacre pour la première fois pleinement à la peinture ; mais, de sa vie, la douleur physique ne la quittera plus.
Cette vie est cependant aussi marquée par un formidable appétit de vivre : dans ses amours (pour les femmes comme pour les hommes), dans sa passion pour le grand fresquiste Diego Rivera (leur relation la maintiendra longtemps dans l’ombre en tant qu’artiste), dans son engagement politique en faveur du communisme (le couple hébergea Trotski lors de son exil au Mexique), dans la fièvre de la création.
Des passions de Frida Kahlo – aux deux sens du terme –, le film de Julie Taymor rend compte avec énergie et sincérité, et, qui plus est, sans pathos. La qualité de ce film doit beaucoup à Salma Hayek qui, comme actrice et productrice, l’a porté à bout de bras, poussée par sa passion pour un rôle qu’elle interprète avec fougue. Parmi les nombreux projets d’adaptation cinématographique de la vie de l'artiste mexicaine qui fleurissaient au milieu des années 1990, le sien est le seul qui ait vu le jour.
Le film a été intégralement tourné au Mexique, et l’engagement de l’équipe, majoritairement mexicaine, en fait à tous points de vue (décors, costumes, musique) un hymne à la culture de ce pays. Son inventivité visuelle (notamment dans les séquences où les tableaux de l’artiste s'intègrent au cours du récit), voire son esthétisme (dans la scène de l’accident de bus), auraient pu choquer s’ils étaient apparus comme gratuits ; mais l’honnêteté du propos, le chant passionné à la gloire de Frida et de la culture mexicaine, font que l’on est profondément touché par cet hommage à une femme dont la vie fut un modèle de courage et d'intégrité.
Arnaud
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