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La chatte à deux têtes
Jacques Nolot, pour son deuxième film, et généralement plus connu pour avoir été acteur chez Techiné, nous donne à voir une journée dans un cinéma porno. Le film, plus symbolique que réaliste, se déroule à deux niveaux : en haut, zone de discours où la caissière parle de ses conceptions de l’amour avec ses clients; en bas, zone obscure où des hétéros, des homos, et des travelos vident leurs désirs.
Ce film est en quelque sorte une chorégraphie, un ballet autour des hésitations, des pulsions, des frustrations d’êtres à la dérive, errant comme des fantômes cherchant le sexe.
On ne peut s’empêcher de penser aux backrooms. Ce film emprunte directement à l’univers homo, tout comme il utilise des travestis, des transsexuels, des homos, dans ce carrefour des sexualités perdues. C’est quelque peu déroutant. On assiste à des scènes d’un pathétique surprenant qui pour certaines sont elles aussi directement empruntées à cet univers. Par exemple, lorsqu’un homme se fait sucer par un travesti dans un coin, un troupeau d’hommes avec la bite à l’air s’agglutinent pour assister à la scène ou y participer. Phénomène que l’on retrouve dans des parcs ou bois de dragues. A un autre moment, un jeune gars virile look racaille qui s’installe sur un siège est disputé pour savoir qui va en profiter. Malheureusement, et c’est très cocasse, ce mec préfère sucer. Il perd d’un coup sa dimension virile et celui qui pensait en profiter s’ennuie à se faire toucher.
C’est difficile de ne pas être sensible à ce discours. Pourtant cette imagerie gay transposée à l’univers hétéro (le film projeté n’est pas homo, la plupart des personnages se définissent comme hétéro) est quelque peu dérangeante. Il y a comme quelque chose qui cloche, peut-être de trop maniéré, de sophistiqué dans ce ballet de fantômes. Le style ne convient pas à cet univers où du moins comme il est imaginaire, l’empreint à celui homo, dont le pathétique est bien réel, n’est pas correct. Les quelques films homos fais sur le sujet (backroom ou lieux de drague) sont plus durs, la mise en scène plus réaliste (ex : "A corps ouvert"). Peut-être ce qui manque à J. Nolot c’est de ne pas avoir vécu ce pathétisme. Du coup, il propose une mise en scène presque nostalgique, bonne enfant. C’est gênant.
D’autant plus que l’accoutrement des travestis est offusquant : tout est fait pour mettre en avant l’aspect monstrueux du travestissement. On ne cherche pas à cacher les parties masculines et créer une réelle féminité, au contraire on superpose de la féminité (perruque, maquillage, robe) sur un corps restant masculin (robe semi-transparente qui montre la poitrine nue et masculine…). Le pire concernant le personnage transsexuel (en début de phase de changement de sexe, j’imagine) : on assiste à sa mise à nue, seins sans chair et pendant, sexe d’homme encore présent… Son costume est de même type : sous vêtements féminins rouges et soutien-gorge sans bonnets laissant nus les seins. On assiste à un voyeurisme obscène et humiliant.
Certes le propos du film n’est pas de rendre les personnages beaux, mais cet emprunt à l’univers homo a quelque chose de faussement amical. Ce film est peut-être plus de l’ordre de la performance mégalomaniaque que d’un réel souci du sujet.
Xavier
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