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Défense d'aimer
L’amour comme souffrance, comme obsession autodestructrice, avec des relents de perversion... Un film qui prend le risque d’agacer, surtout s’agissant d’une histoire homosexuelle
Bruce, jeune cinéaste français, débarque à Rome pour un an comme pensionnaire à la Villa Médicis. Son frère, dont on devine qu’il fut un écrivain connu, est mort ; sa petite amie semble avoir rompu avec lui.
A la Villa Médicis sont logés de jeunes artistes, écrivains, musiciens, plasticiens, sélectionnés sur concours et pris en charge pendant un an avec pour seule consigne de se consacrer librement à leur art. On craint un instant une Auberge espagnole intello ; mais, fort heureusement, tout ce petit monde s’évite, et l’atmosphère reste glaciale…
Bruce est rapidement approché par Matteo, stagiaire à l’administration de la Villa. Le jeune Italien, qui veut devenir écrivain, lui rappelle étrangement son frère disparu. Les deux hommes entament une relation instable : Bruce se laisse vite obséder par Matteo qui, insaisissable, joue avec lui – leur liaison prend un tour malsain.
Si le film de Rodolphe Marconi surprend parfois, c’est notamment par la récurrence de la figure du Christ et de la symbolique de la Passion (son deuxième long métrage, sorti en salles avant Défense d’aimer, s’intitulait d’ailleurs Ceci est mon corps), éléments peu prisés de nos jours, d’autant plus qu’ils semblent ici utilisés au premier degré.
Rome, décor théorique du film, est montrée de façon adroite pour ce qui est des monuments les plus connus ; mais on ne voit pas la rue, on ne sent pas l’ambiance ; les bars dans lesquels traîne Bruce pourraient se trouver n’importe où dans le monde occidental : la musique, le décor, tout semble interchangeable…
Les personnages secondaires sont souvent touchants, en particulier cette Irène, petit oiseau fragile et ravagé, qu’on n’aperçoit que de façon fugitive ; ou Aston, la New-Yorkaise fan de serial killers, dont l’interprétation, malgré le côté caricatural du personnage, sonne juste.
C’est surtout l’interprétation des deux personnages principaux qui laisse le spectateur sur sa faim. Il manque en particulier au personnage de Bruce une ou deux vraies scènes d’hystérie… Le drame qu’entend relater Rodolphe Marconi manque d’intensité et, si le film marque, c’est surtout grâce à quelques séquences esthétiquement très réussies – ainsi une belle scène d’amour, filmée comme un tableau, sur la musique de… la Passion selon Saint Mathieu.
Arnaud Claes
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