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Leçons de ténèbres
Dans son premier long métrage, Rome désolée, sorti en 1995, Vincent Dieutre nous parlait de son passé d'homosexuel toxicomane à Rome (qui ressortira au Studio des Ursulines à Paris). Avec Leçon de ténèbres il continue sur la même voie autobiographique et noire, sortant des schémas classiques de la narration. A mi-chemin entre fiction et journal intime, il retrace un voyage initiatique dans trois villes - Utrecht, Naples et Rome – au cours duquel il vit deux histoires d'amour avec des hommes de passage.
La première originalité du film est de montrer sans détour l'amour entre hommes d'âge mur. Vincent Dieutre se met lui-même en scène avec ses partenaires. Un film donc loin de la tendance actuelle à vouloir donner une image politiquement correcte de l'homosexualité à travers des personnages jeunes et biens dans leur peau.
Cette Leçon de ténèbres est d'abord picturale. Dés le début du film, Vincent s'évanouit à la vue d'un tableau du Caravage (l'un des grands peintres italiens de la renaissance, homosexuel, dont la vie a inspiré le film de Derek Jarman, Caravaggio). Le film sera alors ponctué des toiles du maître dont le clair-obscur est recréé dans un cadre contemporain, celui des étreintes amoureuses de Vincent, déchirantes de tendresse. Les toiles perdent ainsi tout caractère religieux pour ne conserver que leur stricte beauté picturale. De ces moments se dégage une véritable émotion. On regrettera qu'ils soient trop rares.
Vincent Dieutre s'adresse à lui-même en voix-off par le biais d'un étrange tutoiement, créant ainsi une distance propice à la réflexion, à la remise en cause, parlant de ses sentiments, de son état d'esprit mais traduisant aussi des réflexions générales sur sa vie. Etat d'errance, sentiment d'un monde lointain, étranger. Le texte est souvent beau, parfois trop maniéré.
Cette voix est accompagnée d'images de rues, de canaux, des passants, des voitures, tout ce dont les villes regorgent mais qui deviennent pour le voyageur solitaire comme autant de fantômes. A quelques moments, ces séquences dégagent un profond sentiment de flottement (notamment dans la scène des canaux, à Utrech, et par un travail sur les bruitages) mais trop souvent ces images paraissent plaquées sur la voix-off. Ce procédé fait penser aux magnifiques films de Marguerite Duras (India Song, Le Camion...) mais Vincent Dieutre semble ne pas en avoir une maîtrise suffisante.
Leçon de ténèbres est une œuvre très inégale, pas pleinement aboutie, mais digne d'intérêt ; une curiosité cinématographique pour cinéphile averti.
Site officiel
Gabriel de MONTEYNARD
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